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« Transformer rapidement une idée d’investissement en un portefeuille cohérent »

Fundy, développée par AtonRâ, pionnier de l’investissement thématique en Suisse, est une plateforme basée sur l’intelligence artificielle, conçue pour accélérer le travail des gérants dans les phases de recherche, d’analyse et de structuration de portefeuilles. Elle vise à réduire la complexité opérationnelle et le temps consacré à l’analyse, tout en améliorant la cohérence et la lisibilité des allocations.

Par Jérôme Sicard

À quels besoins précis avez-vous souhaité répondre avec la création et le développement de Fundy ?

Fundy est née d’un constat très simple, que partagent de nombreux professionnels de la gestion. Les gérants et conseillers n’ont jamais eu à leur disposition autant d’informations, mais ils manquent de temps et d’outils pour les exploiter efficacement. Entre la recherche, l’analyse, la construction de portefeuilles et leur mise en récit auprès des clients, le risque est grand de perdre en cohérence, en réactivité ou en lisibilité.

Avec Fundy, nous avons donc voulu répondre à trois besoins très concrets. D’abord, accélérer la phase de recherche et de construction de portefeuilles, sans sacrifier la rigueur analytique. Ensuite, permettre aux professionnels de structurer leurs thèses d’investissement – qu’elles soient thématiques, sectorielles, géographiques ou quantitatives – de manière claire, mesurable et reproductible. Enfin, leur redonner de la liberté, en évitant les cadres trop fermés ou les solutions qui enferment l’investisseur dans des produits prédéfinis.

L’ambition de Fundy est de fournir un environnement de travail fluide et intégré, capable de transformer rapidement une idée d’investissement en un portefeuille cohérent, explicable et exploitable sur le plan commercial. Un point important : le gérant ou son client conserve sa relation bancaire existante. Fundy apporte l’intelligence, pas la garde des actifs.

Si vous deviez expliquer Fundy en quelques phrases à un gérant, quel serait votre pitch aujourd’hui ?

Fundy est une plateforme professionnelle pensée pour accompagner le gérant tout au long du processus d’investissement, depuis l’idée initiale jusqu’au portefeuille final. Concrètement, elle permet de partir d’une intuition ou d’une conviction et de la transformer rapidement en un portefeuille réellement investissable.

La plateforme offre ensuite une lecture complète de ce portefeuille, en analysant finement ses profils de risque et de performance, tout en le mettant en perspective avec des alternatives ou des benchmarks pertinents. Le tout en quelques secondes, pas en quelques jours.

Quelles sont les principales fonctionnalités de Fundy ?

Les fonctionnalités de Fundy s’articulent autour de quatre piliers essentiels, en phase avec le quotidien des gérants. La plateforme donne d’abord accès à une recherche structurée, conçue pour identifier rapidement des opportunités et nourrir la réflexion d’investissement. Elle permet ensuite de construire et d’ajuster des portefeuilles de manière fluide, en traduisant directement une conviction en allocations concrètes.

À très court terme, la plateforme permettra également d’optimiser instantanément un portefeuille multi-actifs parmi plus de 54’000 instruments  – actions, obligations, crypto, commodités – en moins de deux secondes.

Fundy intègre également des outils de génération d’idées d’investissement, destinés à explorer de nouvelles thématiques et à enrichir les scénarios possibles. Notre intelligence relationnelle) détecte les corrélations cachées au sein des chaînes d’approvisionnement et des dynamiques concurrentielles que les outils traditionnels ne voient pas, dans une approche à la fois rigoureuse et flexible.

Quel univers d’investissement Fundy couvre-t-elle aujourd’hui ?

Aujourd’hui, Fundy couvre plus de 54’000 instruments, principalement des actions, sans restriction géographique, et permet d’avoir une vision véritablement globale des marchés. La plateforme met toutefois un accent particulier sur certaines thématiques. C’est le cas, par exemple, de la technologie, de la santé ou des grandes transitions énergétiques, dans la mesure où elles structurent de plus en plus les allocations à long terme.

Fundy couvre également les segments small et mid caps, souvent moins bien couverts par les outils traditionnels.

Combien de critères de sélection utilisez-vous pour chaque entreprise ?

Chaque entreprise est analysée à travers plusieurs dizaines de critères. Ils combinent à la fois des données financières classiques, des indicateurs de risque et de liquidité, ainsi que des critères sectoriels et thématiques. Pour les thématiques que nous avons développées, nous y intégrons également des données qualitatives, structurées selon notre propre méthodologie de classification. L’objectif n’est pas d’accumuler les filtres, mais de construire une lecture cohérente, lisible et directement exploitable par le gérant dans son processus décisionnel.

À quel niveau l’intelligence artificielle crée-t-elle le plus de valeur dans Fundy ?

Elle intervient d’abord sur la structuration et la classification des données. Elle aide à transformer des volumes d’informations complexes en éléments lisibles et exploitables. Elle permet ensuite d’accélérer considérablement les phases d’analyse. Pour donner un ordre de grandeur : une analyse de qualité institutionnelle qui coûtait plusieurs milliers de francs et plusieurs jours de travail peut désormais être générée à la demande pour quelques francs, en quelques secondes.

Enfin, elle joue un rôle important dans la génération d’idées d’investissement, en ouvrant de nouvelles pistes de réflexion. L’IA n’a toutefois pas vocation à décider à la place du gérant. Elle sert plutôt à accroître ses capacités.

Envisagez-vous, à terme, d’ouvrir Fundy au fixed income ?

Le fixed income est déjà partiellement couvert dans notre univers d’investissement. Nous poursuivons l’extension de cette couverture, mais c’est une classe qui soulève des défis spécifiques, notamment en matière de qualité des données, de liquidité et de structuration des instruments. Plutôt que d’élargir trop rapidement notre spectre, nous privilégions une montée en puissance progressive, avec l’objectif de proposer, le moment venu, un niveau de qualité, de cohérence et de profondeur d’analyse équivalent à celui que nous avons déjà atteint sur les actions.

Quel est le modèle économique sur lequel repose Fundy ?

Aujourd’hui Fundy est accessible à nos utilisateurs beta gratuitement, puisque nous sommes toujours en phase de test avancé, avec un lancement prévu au premier trimestre 2026. À terme, nous envisageons un modèle B2B qui dépendra largement des fonctionnalités que nous mettrons à la disposition de nos futurs utilisateurs, qu’ils soient gérants indépendants, banquiers privés, family offices ou institutionnels.

Comment Fundy se différencie-t-elle des robo-advisors ou des plateformes existantes ?

La différence est fondamentale. Un robo-advisor propose des allocations standardisées, souvent limitées aux ETFs, dans une logique de « black box ». Fundy, au contraire, donne au gérant le contrôle total. Il construit sa propre stratégie, choisit ses instruments et exécute en un clic auprès de son dépositaire existant.

Quelles sont vos prochaines étapes ?

Nous voulons d’abord accélérer l’adoption de Fundy auprès des professionnels de la gestion, en renforçant sa visibilité et son usage au quotidien. En parallèle, nous poursuivons l’enrichissement des fonctionnalités d’analyse et d’optimisation, tout en accordant une attention constante à la simplicité, à la rapidité et à l’ergonomie de l’interface.

Nous avançons également sur des intégrations avec les outils qu’utilisent déjà les gérants, tels que des PMS, des plateformes d’exécution ou des solutions partenaires de structuration de produits.

Plus largement, comment voyez-vous évoluer la construction et la gestion de portefeuilles au cours des prochaines années ?

Nous allons clairement vers une gestion de plus en plus personnalisée, portée par le développement de l’advisory et par des attentes accrues des clients en matière de transparence. Les décisions d’investissement devront non seulement se traduire par de la performance, mais aussi être compréhensibles, traçables et justifiables.

Dans ce contexte, la technologie et l’intelligence artificielle s’imposeront comme des outils d’aide à la décision incontournables, sans pour autant se substituer au rôle du gérant. On assistera parallèlement à un recul des produits indiciels ou trop standardisés au profit de solutions construites sur mesure, en fonction des convictions et des contraintes spécifiques de chaque client, mais à un coût bien plus compétitif.

Laurent Forestier

Atonra

Depuis maintenant cinq ans, Laurent Forestier officie chez Atonra en tant que Chief Operating Officer. Après avoir débuté sa carrière dans l’aluminium, il a d’abord rejoint Lombard Odier en 2001 comme chef de projet senior, puis il en a dirigé les opérations nord-américaines depuis Montréal, à partir de 2011. De retour en Suisse, il a intégér Edmond de Rothschild en 2016 comme responsable du client & business management pour la banque privée suisse. Laurent Forestier est titulaire d’un MSc en ingénierie de l’ETH Zurich.

 

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Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.