Il y a presque une éternité, le boursicoteur finissait toujours par revenir acheter le quintet Apple, Microsoft, Amazon, Google et Meta quand il ne savait plus trop dans quoi investir. C’était avant que nous puissions, nous les êtres humains, générer compulsivement des images de chatons mignons en anéantissant en quelques minutes tous les efforts d’économies d’énergie accumulés depuis le début de notre vie. En avril 2026, les GAFAM ont toujours la cote, mais ils sont moins en odeur de sainteté depuis qu’ils doivent dépenser de l’argent pour sécuriser leurs bénéfices futurs. Ceux que le marché adule désormais, ce sont les industriels des semiconducteurs. Avant, le secteur évoluait sur courant alternatif : il épousait les cycles économiques. Désormais branché en continu sur la demande générée par l’IA, le compartiment des semiconducteurs aimante le Financier comme les graines bizarres attirent le Bobo.
Il faut dire que démêler les gagnants des perdants de l’IA est un sacré chantier. Dans un tel contexte, miser sur les chaînons indispensables du présent et sans doute du futur est loin d’être stupide. L’indice PHLX Semiconductor, qui suit comme son nom l’indique l’industrie des semiconducteurs, en est à 14 séances de hausse consécutives. J’ai demandé à Mamie Lucette si elle avait déjà vu ça. Apparemment, ça ne s’est produit qu’à une seule reprise dans l’histoire. Selon elle « c’était pendant le grand boom de la gnôle en 1922. Quand la Manufacture de Génépi du Beaufortin a progressé pendant 17 jours consécutifs à Wall Street. Je peux te dire qu’on a fait une rioule du tonnerre et que je me rappelle pas de tout ». La reprise de la hausse des valeurs liées à l’IA montre que le marché cherche à passer à autre chose que le conflit au Moyen-Orient.
Dans ce domaine, les déclarations apaisantes succèdent aux coups de sang. Le détroit d’Ormuz reste à peu près hermétique, mais le marché pense que les négociations qui doivent reprendre aujourd’hui au Pakistan vont finir par aboutir à quelque chose. C’est la raison pour laquelle le pétrole n’a que peu réagi aux dernières passes d’armes verbales entre les Etats-Unis et l’Iran. Le vice-président américain JD Vance aurait été dépêché à nouveau à Islamabad pour conduire les discussions. Le président chinois Xi Jinping, plutôt discret ces dernières semaines, a quand même lancé un appel au rétablissement d’un transit normal dans le détroit. La Chine, en tant que gros client du pétrole et du gaz moyen-oriental, n’a pas intérêt à voir le conflit se prolonger au-delà d’un certain temps.
Le reste de l’actualité est dominé par l’accélération des publications de résultats du premier trimestre. Pas encore aux Etats-Unis, où les sociétés ont l’air de s’être passé le mot pour démarrer mercredi, mais plutôt en Europe, avec notamment Thales, ASM International et Beiersdorf aujourd’hui. Dans le volet société, il y a aussi le lancement du chantier de la succession de Tim Cook aux commandes d’Apple. En poste depuis 2011, Cook deviendra, en septembre, président exécutif. Mais la direction générale est confiée à John Ternus, qui chapeaute actuellement la partie matérielle du groupe. Ce choix n’est pas une surprise, mais ce n’est pas non plus la révolution que certains appellent de leurs vœux pour la marque à la pomme. Dans The Information, Martin Peers résume la situation en une phrase : « la crainte des actionnaires est que Ternus, qui a passé la majeure partie de sa vie chez Apple et qui a décrit Cook dans l’annonce d’aujourd’hui comme un mentor, poursuive la ligne de conduite prudente adoptée par Cook ».
L’autre grosse actualité de marché du jour, c’est l’audition de Kevin Warsh par la commission bancaire du Sénat des Etats-Unis (16h00 heure de Paris). Le probable successeur de Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale américaine va passer son grand oral. Le terrain a déjà été un peu pavé par des fuites sur la teneur de son discours. Apparemment, il a prévu d’insister sur l’indépendance de la politique monétaire et de l’institution. Ce n’est pas étonnant : Warsh va devoir jouer les équilibristes entre les exigences de Donald Trump, qui l’a choisi, et la crédibilité de l’institution qu’il va rejoindre. Son adoubement n’est pas évident, comme je l’ai déjà évoqué hier dans cette chronique : un sénateur républicain, dont la voix est cruciale, a prévu de bloquer le processus tant que les poursuites visant Jerome Powell, actuel président de la Fed, n’auront pas cessé. Ce sénateur estime qu’elles sont purement politiques et n’ont pas lieu d’être.
En Asie-Pacifique, le vert est dominant, mais les gains se sont réduits en fin de parcours. La Corée du Sud et Taiwan, très exposées aux technologiques, prennent plus de 2%. Seule l’Australie patine et finit en légère baisse.
Le CAC 40 recule finalement de 0,1% à l’ouverture, à 8 324 points. Le SMI cède 0,05% à 13 276 points. Le Bel 20 est stable à 5 512 points.
Les temps forts économiques du jour
L’agenda macro :
- 08h00 : Evolution de l’emploi (Royaume-Uni)
- 08h00 : Balance commerciale (Suisse)
- 10h00 : Balance commerciale (Espagne)
- 11h00 : Indice du sentiment économique ZEW (Allemagne)
- 14h30 : Ventes au détail (Etats-Unis)
- 16h00 : Promesses de ventes (Etats-Unis)
- 16h00 : Stocks des entreprises (Etats-Unis)
- 20h30 : Discours de la Fed Waller (Etats-Unis)
- Le reste de l’agenda ici.
Les grands indicateurs macros (les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d’avoir le temps réel) :
- Euro : 1,1779
- Once d’or : 4 805USD
- Once d’argent : 79,11 USD
- Brent : 94,94 USD
- Spread Bund / OAT : 62 points (+0,87%)
- VIX : 18,87 (+1,4%)
- 10 ans US : 4,26%
- Bitcoin : 75 565 USD
Les principaux changements de recommandations
- Arcelormittal : Grupo Santander passe de surperformance à neutre avec un objectif de cours réduit de 55 à 52,70 EUR.
- Barry Callebaut : UBS maintient sa recommandation neutre et réduit l’objectif de cours de 1355 à 1100 CHF.
- Consti : Inderes passe à accumuler depuis alléger et réduit l’objectif de cours de 12,50 EUR à 12 EUR.
- Crédit Agricole : Grupo Santander maintient sa recommandation de surperformance et relève l’objectif de cours de 22,49 EUR à 22,65 EUR.
- Dassault Aviation : Jefferies maintient sa recommandation d’achat et relève l’objectif de cours de 400 à 420 EUR.
- EasyJet : AlphaValue/Baader Europe passe d’acheter à accumuler avec un objectif de cours réduit de 610 à 470 GBX.
- Equinor : Baptista Research passe de conserver à sousperformance avec un objectif de cours relevé de 26,40 USD à 38,50 USD.
- Fortum : SB1 Markets passe d’acheter à neutre avec un objectif de cours réduit de 23 à 22 EUR.
- Forvia (Ex-Faurecia) : Morgan Stanley reste à pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 12 à 10 EUR.
- Frontline : Arctic Securities passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 360 NOK à 408 NOK.
- Glaston : Inderes passe d’accumuler à alléger et réduit l’objectif de cours de 1,30 EUR à 1,25 EUR.
- Jenoptik : AlphaValue/Baader Europe démarre le suivi à alléger avec un objectif de cours de 32,80 EUR.
- Kering : HSBC passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 310 à 280 EUR.
- Leonardo : Jefferies passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 68 à 62 EUR.
- Lindt : Goldman Sachs maintient sa recommandation de vente et réduit l’objectif de cours de 109000 à 100000 CHF.
- LVMH : Citi maintient sa recommandation d’achat et réduit l’objectif de cours de 621 EUR à 606 EUR.
- Safran : Jefferies passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 350 à 310 EUR.
- Stmicroelectronics : JP Morgan maintient sa recommandation neutre et relève l’objectif de cours de 24 à 38 EUR.
- Tag Immobilien : Barclays passe de pondération de marché à surpondérer avec un objectif de cours relevé de 15,20 EUR à 17,30 EUR.
- Unilever : RBC Capital passe de sousperformance à performance de marché avec un objectif de cours de 4200 GBX.
- Vinci : Grupo Santander maintient sa recommandation de sousperformance et relève l’objectif de cours de 114 EUR à 121 EUR.
- Volvo Car : SEB Bank passe d’acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 29 SEK à 26 SEK.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l’ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- Thales engrange les commandes au 1er
- Brown-Forman, le fabricant du Jack Daniel’s, privilégie l’offre de Pernod Ricard à celle de Sazerac, selon des sources concordantes.
- Eiffage Construction remporte un contrat de conception-réalisation à Mantes-la-Jolie.
- GTT va concevoir les cuves de deux nouveaux méthaniers.
- Atos SE confirme ses prévisions 2026 en marge de son T1.
- Valeo célèbre 20 ans de présence en Égypte et inaugure un centre de développement dédié à l’intelligence artificielle.
- Mercialys maintient ses objectifs annuels et anticipe un rebond des loyers grâce à l’inflation prévue en 2027.
- L’Etablissement Français du Sang renouvelle pour 10 ans sa présence sur le parc Icade de Rungis.
- Nouvelle stratégie pour Bonduelle, « que le bon l’emporte ».
- Viridien s’est offert un rallye de 18% hier après le relèvement de l’objectif de cours du CIC (achat) de 120 à 150 EUR.
- Biosynex décale la publication de ses comptes.
- Le contentieux Padam met Klarsen en position financière très délicate.
- Les principales publications du jour : Thales, FDJ United, OPmobility, Vivendi, Vusion, AtoS, Precia, Freelance, Immobilière Dassault, SoLocal, Adocia, Prodways, Diagnostic Medical Systems… Le reste ici.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D’Europe
- Commerzbank rejette officiellement l’offre d’UniCredit, jugée hostile.
- Associated British Foods lance la scission de Primark et de ses activités alimentaires.
- Beiersdorf annonce un repli du chiffre d’affaires au premier trimestre, les objectifs sont confirmés.
- Rolls-Royce décroche un contrat de maintenance à long terme pour les patrouilleurs de l’U.S. Coast Guard.
- Roche annonce l’acceptation par la FDA de sa demande de licence pour un traitement du lupus érythémateux disséminé.
- Les principales publications du jour : ASM International, Beiersdorf, Associated British Foods, BAWAG, SKF…
D’Amérique du Nord
- Apple confie sa direction générale à John Ternus, Tim Cook devient président exécutif.
- Amazon renforce son alliance avec Anthropic avec un investissement pouvant atteindre 25 milliards de dollars.
- General Motors exhorte ses actionnaires à rejeter la proposition de dissociation des fonctions de président et de directeur général.
- ServiceNow finalise l’acquisition d’Armis.
- Ethiopian Airlines annonce l’acquisition de 6 Boeing 787-9 Dreamliner.
- Uber Technologies déclare une participation passive de 11,52% dans Lucid Group.
- Les principales publications du jour : GE Aerospace…
D’Asie et d’ailleurs
- Le chinois Victory Giant bondit de plus de 50% pour ses débuts à la Bourse de Hong Kong.
- Adani Power crée une nouvelle filiale dédiée à l’énergie nucléaire.
- Tencent entre au capital de Kaspi.kz.
- Les principales publications du jour : néant…
Le reste de l’agenda mondial des publications ici.
Lectures
- Les Emirats arabes unis sollicitent un soutien financier des Etats-Unis en cas de poursuite du conflit au Moyen-Orient (Wall Street Journal).
- Le manifeste de Palantir pour la domination (Le Grand Continent).
- Monnaies anciennes, fossiles… Comment les fouilles archéologiques clandestines font « disparaître l’histoire » (Le Monde).
- Comment la cybercriminalité est devenue un secteur phare au « Scambodge » (Wall Street Journal).
- Les IA-Men sont ils de futurs Ford ou Rockfeller ? (The Economist).
- De l’importance de surveiller son compte en banque… (Klement on Investing).
- Jérôme Ferrari : « Le langage est obscène quand il ne désigne plus les choses » (Revue21).
- Ce que j’ai appris sur les milliardaires depuis la retraitre privé de Jeff Bezos (The Atlantic).
- Angleterre : comment une petite île a conquis le monde (Sheet.works).
- Dans l’entourage de Trump, les femmes ne sont pas les seules à se préoccuper de leur apparence (New York Times)
- La nouvelle approche de la valorisation (Financial Times)
- La théorie du trumpisme de J.D. Vance ne fait pas le poids face à la pratique (The Economist)



