ODD

  • Angelika Hernandez
  • Managing Director
  • Marcuard Heritage

Pourquoi le secteur suisse de la gestion de fortune
a besoin d’un cours de rattrapage urgent sur les ODD

Le temps de détourner le regard est révolu – la durabilité n’est pas qu’une mode passagère ! Alors que le monde progresse autour de nous, certains dans le secteur suisse de la gestion de fortune semblent encore fermer les yeux sur la durabilité. Mais nous ne pouvons plus nous le permettre.

Selon les Nations unies, nous avons besoin de 5 à 7 billions de dollars par an pour atteindre les objectifs de développement durable d’ici 2030 – une tâche dans laquelle le secteur financier a un rôle crucial à jouer. Pourtant, selon une étude d’UBS, seuls 22 % des professionnels de la finance ont une idée claire de ce que sont les ODD et de la manière de les mettre en œuvre. C’est une situation alarmante, car pour réussir à mettre en œuvre les ODD, il est nécessaire que le secteur financier s’engage également.

Auparavant, je l’ai vécu au Credit Suisse, puis à l’UBS, et je pensais que ce serait différent dans le monde des gestionnaires de fortune externes. Mais aujourd’hui encore, je suis toujours surpris de voir combien de collègues se cachent encore derrière quelques « excuses » pour échapper au thème de la « durabilité ». Alors que certaines banques tentent, au moins superficiellement, d’aborder le sujet, ce sont justement les EVV les moins réglementés qui se dérobent à leurs responsabilités en trouvant des excuses.

Les excuses :

L’excuse « la durabilité ne concerne que les investisseurs institutionnels » 

Commençons par les faits : En 2021, les banques suisses géraient au total une fortune d’environ 8 800 milliards de francs suisses, et on estime que 10% sont gérés par des gérants de fortune indépendants.

En tant qu’EVV suisses, nous avons la responsabilité de nous assurer que nos stratégies d’investissement répondent aux objectifs de durabilité.

L’excuse « We are no Charity » 

Voulons-nous vraiment croire que la durabilité coûte du rendement ? Une étude de Morningstar montre que les fonds durables font aussi bien, voire mieux, que les fonds conventionnels. Et selon McKinsey, les entreprises qui investissent dans la durabilité obtiennent en moyenne des rendements supérieurs de 15% à ceux de leurs concurrents. Si cela ne suffit pas à nous convaincre, rappelons-nous que de plus en plus d’investisseurs préfèrent les investissements durables – et qu’il ne s’agit pas seulement de hippies et d’activistes écologistes. C’est un mythe que la durabilité coûte en rendement. En outre, de plus en plus d’investisseurs préfèrent les investissements durables, en particulier les Millennials, qui représenteront environ 75% de la main-d’œuvre d’ici 2025. La durabilité peut également constituer un avantage concurrentiel en améliorant la réputation et la notoriété de la marque et en fidélisant les clients et les employés. Il existe déjà en Suisse des EVV qui ont réussi et qui ont prouvé que durabilité et rendement financier peuvent aller de pair.

L’excuse du « budget

Il y a bien sûr des coûts liés à l’intégration des facteurs ESG dans le processus d’investissement, mais ils ont baissé de manière spectaculaire ces dernières années. Il s’agit d’une perception limitée des avantages à long terme de la durabilité, d’un manque de connaissances sur les questions de durabilité ou simplement d’une priorité accordée à d’autres objectifs commerciaux.

Souvent, la nécessité de passer à la durabilité entraîne des préoccupations financières. Pourtant, nous ne devrions pas seulement ressentir une obligation morale, mais aussi reconnaître que la durabilité représente une opportunité financière à long terme.

Comment les EF peuvent-elles financer cette transition ? Une possibilité consiste à partager les coûts en collaborant avec d’autres EFE, des associations sectorielles et des coopérations. En outre, il existe des programmes de soutien public qui visent les initiatives de durabilité dans l’économie. Selon Forbes, les avantages à long terme de la durabilité peuvent rapidement compenser les coûts à court terme.

L’excuse du « greenwashing

Le greenwashing existera malheureusement probablement toujours. Il ne dévalorise toutefois pas le concept de durabilité en soi, mais signifie simplement que les entreprises prétendent à tort être durables sans prendre réellement les mesures qui s’imposent. Il existe aujourd’hui de nombreuses normes et critères de durabilité, ainsi que des autorités de régulation et des associations sectorielles qui prennent des mesures contre l’écoblanchiment et en faveur de la durabilité dans le secteur financier. En outre, « les investisseurs sont mieux informés et ont appris à distinguer la vérité de la fiction », comme l’a déclaré le directeur de la responsabilité d’entreprise d’Intel.

L’excuse « le client veut un retour »  

Elle est depuis longtemps dépassée et ignore la réalité du marché. Les entreprises qui se concentrent sur la durabilité ont généralement de meilleures performances que leurs concurrents – c’est ce que prouvent non seulement la Harvard Business Review, mais aussi de nombreuses autres études. Comment le client peut-il exiger des placements durables s’il n’est pas informé à ce sujet ? Cela fait partie du devoir fiduciaire de l’EVV d’informer le client sur les différentes possibilités d’investissement et leurs risques et avantages, y compris la durabilité. En informant le client sur ces questions, l’EVV peut contribuer à sensibiliser le public aux investissements durables et à obtenir un impact positif à long terme sur la société et l’environnement. Comme le dit le proverbe : « La question de la poule et de l’œuf ». Si l’EVV n’informe pas les clients sur les placements durables, ils ne peuvent pas non plus le demander.

L’excuse « nuit à la diversification »

Il est important de souligner que la durabilité et la diversification ne sont pas contradictoires. Une étude de MSCI a par exemple montré que les fonds durables ont tendance à mieux performer que les fonds traditionnels dans les périodes de turbulences sur les marchés. Une autre étude de Morningstar a montré que, certaines années, les fonds durables ont même affiché une volatilité inférieure à celle des fonds traditionnels.

L’excuse « nous n’avons pas le savoir-faire »

Pas de problème ! Il existe un nombre croissant de fournisseurs tiers qui proposent des évaluations et des analyses de durabilité pour les entreprises et les produits d’investissement. Certains de ces fournisseurs comprennent MSCI ESG Research, Sustainalytics et ISS ESG. En collaborant avec ces fournisseurs, les APE peuvent obtenir des évaluations de durabilité pour des investissements potentiels sans avoir à développer un savoir-faire interne dans un premier temps – ou du moins pendant la « phase de transition ».

L’excuse « la réglementation ne l’exige pas »

Les régulateurs suisses, tels que la FINMA et SIX, ont introduit en 2020 des lignes directrices et des initiatives visant à promouvoir la durabilité. En tant que secteur, nous devons également nous préparer à d’autres changements réglementaires. Nous devons nous assurer que nous agissons de manière éthique dans tous les aspects de notre travail et que nous respectons les exigences réglementaires. « Les entreprises qui se préparent dès maintenant ont un avantage concurrentiel évident » -Financial Times. Les formations obligatoires en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et de conformité sont tout aussi importantes qu’une formation complète en matière de durabilité.

Finies les excuses : focus sur les SDG 4 et 17, clés de la gestion de fortune durable !

Selon une étude de PwC, 72% des CEO estiment que l’éducation est le facteur le plus important pour promouvoir le changement vers plus de durabilité. Une étude de Deloitte a même révélé que les entreprises qui investissent dans l’éducation de leurs collaborateurs en matière de durabilité ont un potentiel d’investissement plus élevé que celles qui ne le font pas.

L’ODD 4 « Éducation » peut donc contribuer de manière importante à la promotion de la durabilité dans le secteur de la gestion d’actifs. Grâce à des formations, des ateliers et des cours de perfectionnement, les EVV peuvent être informés des derniers développements et tendances en matière de durabilité, ainsi que des meilleures pratiques et stratégies pour une intégration réussie de la durabilité dans leurs pratiques commerciales.

En outre, les initiatives éducatives peuvent contribuer à faire tomber les prétextes en montrant que la durabilité n’est pas seulement importante d’un point de vue moral, mais qu’elle offre également des avantages financiers. En comprenant mieux comment la durabilité et les finances sont liées, les TOE peuvent mieux convaincre les clients et aussi améliorer leurs propres pratiques commerciales.

C’est pourquoi nous devrions, en tant que branche, mettre l’accent sur l’ODD 4 – l’éducation – et également conclure davantage de partenariats et de coopérations – ODD 17 – afin d’unir nos forces et d’atteindre les ODD.

En tant qu’EVV suisses, nous avons une chance unique de jouer un rôle de premier plan dans la promotion de la durabilité dans le secteur de la gestion de fortune. Nous devons cesser de nous cacher derrière des excuses et travailler plutôt activement à la mise en œuvre des ODD. Car en fin de compte, il ne s’agit pas seulement de notre obligation morale, mais aussi d’une opportunité financière que nous ne devons pas laisser passer.

    Vous aimerez aussi

    SOLUTIONS EAM
    Roots

    Roots

    Antoine Blouin
    Banque Heritage
    «Il faut devenir le sparring partner des GFI dans plusieurs domaines. »

    Sphere

    The Swiss Financial Arena

    Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.

    Rue Barton 7
    Case postale 1806
    CH-1211 Genève 1

    P +41 22 566 17 31

    © 2023 Sphere Magazine

    Site réalisé par Swiss House of Brands

    PubliSphere

     

    • PUBLISPHERE
    • Ruedi Göldi
    • Swiss Finance & Property Group

    Durabilité : à la recherche de l’optimum pour l’environnement et le rendement

    Swiss Finance & Property Group (groupe SFP) est un prestataire de services financiers basé à Zurich, qui possède une gestion de fonds indépendante et une maison de titres. Depuis la fondation, il y a plus de 20 ans, nous nous spécialisons dans la chaîne de création de valeur des placements immobiliers de bout en bout. Nous proposons ainsi la possibilité d’investir dans des placements immobiliers tant directs qu’indirects, par exemple. Dans nos rangs, plus d’une centaine de personnes allient leurs compétences immobilières et spécialisées pour générer une valeur durable. Nous offrons une large gamme de prestations et produits immobiliers, mais aussi des solutions d’infrastructures et des transactions sur les marchés des capitaux. Les Assets under Management du groupe SFP s’élèvent à plus de CHF 8.7 milliards.

    C’est précisément parce que notre univers de placement est si diversifié que nous pouvons intégrer la durabilité sous tous les angles possibles au sein du groupe SFP. Vu l’étendue de nos prestations, cet engagement est loin d’être vain.

    Il y a quelques années à peine, la durabilité était entièrement régie par les acteurs de l’offre. Une poignée de fonds seulement utilisaient cette caractéristique pour se distinguer, comme le SF Sustainable Property Fund, qui dès son lancement en 2011, a mis l’accent sur l’amélioration de l’efficacité énergétique des biens immobiliers existants. Les prestataires décidaient à leur discrétion des aspects de la durabilité qu’ils prenaient en compte et de leur pondération. Depuis quelques années, toutefois, le cercle s’est ouvert et les acteurs de la demande contribuent aujourd’hui à façonner les concepts et les exigences applicables. Ce n’est d’ailleurs que normal, car s’ils réclament un développement durable, ils doivent également pouvoir participer aux discussions et à la recherche de solutions éclairées. Mais quels sont les critères pertinents et comment les progrès peuvent-ils être mesurés dans ce domaine ?

    Nous sommes extrêmement attentifs à la mesurabilité, à la valeur informative des données et aux conséquences en termes de coûts. En effet, même sélectionnés avec le plus grand soin, les chiffres clés ne nous servent à rien s’ils n’ont aucune influence sur les décisions d’investissement dans un immeuble ou sur le choix de fonds immobiliers ou de sociétés immobilières. Un franc investi correctement (ou autrement dit, durablement) aboutit à un gain mesurable pour l’environnement, à un avantage pour le bien immobilier et pour ses usagers actuels et futurs et à un rendement attrayant du portefeuille dans l’esprit d’une démarche approchant l’optimum de Pareto. L’adéquation satisfaisante pour les usagers, il faut l’admettre, ne peut se mesurer qu’à l’aune d’une sélection de critères qualitatifs, comme l’accessibilité, par exemple, ou encore l’innovation, ainsi que le montre le développement d’un bien pour le SF Sustainable Property Fund à Saint-Gall. Ce bien idéalement situé à la Brauerstrasse 21/23 est une construction en éléments de bois. Il est remarquable non seulement pour son recours à ce matériau de construction durable en conjonction avec le béton recyclé, mais aussi pour sa certification selon le standard Construction durable Suisse (SNBS). Cette certification était une première sous cette forme, qui doit sa réussite à une franche collaboration entre les concepteurs, l’organisme de certification et le fonds en tant qu’investisseur.

    Nous sommes conscients de notre devoir d’assurer la transparence. Ce faisant, nous mettons également un point d’honneur à favoriser l’honnêteté dans les relations. Dans nos mandats indirects, nous exigeons des chiffres clés mesurables et comparables, tels que nos équipes les utilisent également dans les placements immobiliers directs. Même si la méthode de calcul soulève à présent certaines questions quant à la comparabilité, nous affinons les critères que nous appliquons pour les premières comparaisons à l’image des initiatives correspondantes déployées en Suisse. Il peut ainsi être constaté qu’une meilleure qualité des données procure une plus-value. Dans cette optique, nous mettons à disposition, pour les produits directs, un récapitulatif transparent des paramètres fondé sur les chiffres clés. Un enjeu fondamental pour le groupe SFP est de contribuer à une définition claire des données.

    Ces dernières années, l’exemple des rapports ESG a montré que les objectifs ambitieux d’hier sont d’ores et déjà une évidence aujourd’hui.

    À travers notre participation active et le plaisir de nos échanges, nous prenons sciemment les thèmes d’avenir à bras-le-corps et nous agissons pour la conception de solutions. Nous nous préparons à nous attaquer à l’énergie grise des nouveaux bâtiments et des rénovations complètes, et nous étudions dans nos projets si et dans quelle mesure nous pouvons réellement atteindre la neutralité carbone dans notre portefeuille actuel. En nous focalisant sur les solutions, nous cherchons expressément à donner les moyens à tous les acteurs du marché de réussir à réaliser leurs objectifs de durabilité.

     

      Vous aimerez aussi

      SOLUTIONS EAM
      Roots

      Roots

      Antoine Blouin
      Banque Heritage
      «Il faut devenir le sparring partner des GFI dans plusieurs domaines. »

      Sphere

      The Swiss Financial Arena

      Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.

      Rue Barton 7
      Case postale 1806
      CH-1211 Genève 1

      P +41 22 566 17 31

      © 2023 Sphere Magazine

      Site réalisé par Swiss House of Brands

      Orientation

       

      • Interview Richard T. Miller
      • Chief Investment Officer
      • TCW Group

       « Je m’attends à une expansion du marché du crédit aux particuliers »

      Après la crise financière, les investisseurs se sont davantage tournés vers les marchés private debt. La classe d’actifs a connu une croissance rapide, mais l’environnement actuel la met en prise avec plusieurs défis. Qui appellent des réponses fortes.

      Compte tenu de l’environnement de marché actuel, comment jugez-vous le marché encore jeune de la dette privée, c’est-à-dire les investissements dans des titres de créance pour des entreprises non cotées ?

      Tout d’abord, les taux d’intérêt ont augmenté. Avec les taux directeurs, les taux des instruments de placement à taux variable ont également augmenté. C’est peut-être une bonne nouvelle pour les investisseurs mais il en va autrement pour les entreprises concernées car les frais d’intérêt ont également augmenté. Cela représente un défi pour les entreprises qui s’endettaient fortement auparavant.

      Comment cela se traduit-il ?

      Restons-en au niveau de l’endettement des entreprises. Nous avons observé une tendance claire au cours des six ou sept dernières années. Le rapport entre la dette et l’EBITDA est passé d’une valeur plutôt typique dans le milieu de la « fourchette de trois » à six et même plus. Ce n’est donc qu’une question de temps avant que ces entreprises ne soient confrontées à des problèmes de liquidités si elles ne parviennent pas à augmenter leur chiffre d’affaires et leur cash-flow.

      À quoi les investisseurs doivent-ils donc faire attention ?

      Ils doivent être conscients que les sous-jacents – c’est-à-dire les entreprises – pourraient avoir des difficultés à payer leurs factures. Ils doivent donc surveiller les emprunteurs et voir si ces derniers sont en mesure de maintenir des liquidités adéquates pour honorer leurs dettes.

      Qu’en est-il des tendances générales du marché ?

      Pour les investisseurs qui cherchent une valeur refuge, les crédits directs dans le secteur des entreprises de taille moyenne sont une bonne solution. Je m’attends à une expansion du marché des crédits aux particuliers. Nous nous trouvons toutefois dans un climat incertain avec une volatilité croissante. Je suis fermement convaincu que les quatre prochaines années seront très différentes des douze dernières années. C’est pourquoi les investisseurs doivent se concentrer sur le choix des gestionnaires. Il faut des gestionnaires qui disposent d’une certaine expérience, de la capacité et des compétences nécessaires pour faire face à des situations économiques plus difficiles.

      Dans quelle direction la classe d’actifs évolue-t-elle ?

      En tant que classe d’actifs, le private debt n’a qu’une douzaine d’années. Elle ne s’est vraiment établie qu’après la crise financière de 2008. Par la suite, le marché a généré de nouvelles opportunités d’investissement. Récemment, les gestionnaires de dette privée ont franchi une étape supplémentaire en prenant des parts sur le marché plus vaste du High Yield.

      La dette privée va-t-elle se substituer au High Yield ?

      Non, je ne le pense pas. Une alternative se crée pour les entreprises et les investisseurs. Ce marché est verrouillé pour beaucoup en raison de la volatilité actuelle du marché. Jusqu’à présent, le High Yield a surtout fonctionné avec des prêts syndiqués semblables. Avec l’arrivée des acteurs du private debt, le marché va bien sûr se transformer mais il va surtout se développer globalement.

      Quel en est l’impact sur la stratégie de TCW ? Allez-vous aussi évoluer dans cette direction ?

      Non. Malgré tous les mouvements que nous voyons actuellement sur le marché, nous ne nous écarterons pas de notre stratégie actuelle, qui se concentre sur le segment intermédiaire.

       

      Richard T. Miller

      TCW Group

      Richard T. Miller a rejoint TCW en 2013 à l’occasion de l’acquisition du Special Situations Funds Group de Regiment Capital Advisors, qu’il dirigeait depuis sa création en 2001. Il a débuté sa carrière à la Chase Manhattan Bank puis à la BankBoston Securities. En 1999, il est devenu responsable du Global High Yield Research Group chez UBS. Richard est administrateur du fonds de dotation de l’Université de Rochester. Il a obtenu son BS à l’université de Syracuse et son MBA à l’université de Rochester.

        Vous aimerez aussi

        SOLUTIONS EAM
        Roots

        Roots

        Antoine Blouin
        Banque Heritage
        «Il faut devenir le sparring partner des GFI dans plusieurs domaines. »

        Sphere

        The Swiss Financial Arena

        Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.

        Rue Barton 7
        Case postale 1806
        CH-1211 Genève 1

        P +41 22 566 17 31

        © 2023 Sphere Magazine

        Site réalisé par Swiss House of Brands

        Litigation

         

        • Interview Paul de Servigny
        • Gérant Litigation Finance
        • IVO Capital Partners

        « Nous avons déjà financé une cinquantaine d’opérations différentes »

        Chez IVO Capital Partners, Paul de Servigny développe l’activité litigation finance, un secteur niche en pleine croissance. Son rôle : financer les budgets liés à des procédures de contentieux et d’arbitrage.

        Dans les grandes lignes, en quoi consiste ce secteur du « litigation finance » que vous couvrez pour IVO Capital Partners?

        Notre approche du litigation finance est relativement classique. Nous finançons les budgets liés à des procédures de contentieux et d’arbitrage en cours pour des personnes morales devant tous types de juridictions. A ce jour, nous avons déjà financé une cinquantaine d’opérations différentes pour un total investi de plus de 110 millions de dollars.

        Nous concentrons notre activité en Europe continentale, France, Pays Bas, Espagne et dans les pays de common law, tels que l’Angleterre et les Etats-Unis. Le nouveau fonds que nous levons actuellement a pour objectif d’investir plus de 50% de ses encours en Europe continentale. Contrairement à d’autres financeurs, nous ne faisons pas de rachat de créance et investissons peu dans les financements de portefeuilles.

        Avez-vous une idée sur la taille du secteur ?

        Deminor Litigation Funding a publié une analyse en décembre 2022 où ils ont compilé les résultats de leur recherche sur cette question. Le montant total investi chaque année est estimé à plus de 11 milliards de dollars, certaines sources vont jusqu’à 17 milliards par an. La difficulté avec ces estimations est de faire la distinction entre montants engagés et montants réellement déployés. Le montant déployé est en effet souvent estimé à environ 25% du montant engagé.

        Le marché d’Europe continentale représente une part limitée de cet ensemble. Entre 800 millions et 1 miliard de dollars ont été engagés par des financeurs de contentieux en 2020.

        Quelles formes peuvent prendre les investissements qui s’y rattachent ?

        Les investissements que nous effectuons sont des financements, via une convention, entre le fonds, la partie financée qui est la plaignante ou demanderesse dans le dossier, et les avocats représentant le plaignant.

        Cette convention prévoit les termes et conditions applicables à notre financement et les obligations de chacune des parties impliquées et financées. L’important dans cette relation est de bien respecter la relation entre l’avocat et son client, tout en s’assurant qu’en tant que partie intéressée au résultat du contentieux, le financeur bénéficie d’un niveau important d’information et de suivi du budget et de la stratégie.

        D’autres acteurs du marché opèrent différemment. Les uns proposent aux plaignants de leur racheter leurs créances puis de les gérer intégralement. Les autres financent exclusivement des cabinets d’avocat et regardent moins au cas par cas.

        Quels types de rendements génèrent-ils en moyenne ?

        Dans l’industrie du litigation finance, les rendements présentés par les acteurs cotés varient entre 15% et 35% de TRI en fonction des vintages et des années, sur la base des présentations publiques disponibles notamment chez Burford et LCM.

        Ces rendements très élevés s’expliquent par le format de rémunération des financements qui bénéficient en général d’une formule : « le maximum entre » un multiple de l’argent financé, ou un pourcentage du montant final récupéré. 

        Comment voyez-vous évoluer ce marché ?

        Le marché s’est beaucoup tourné vers l’Europe continentale, le développement des actions collectives dans certaines juridictions – Pays Bas, Espagne notamment – ainsi que l’acceptation du financement comme une bonne option pour les clients des cabinets d’avocats.

        Dans le monde de la common law, les financeurs se tournent également plus vers le financement de cabinets d’avocats. Ces financements présentent des taux d’intérêts élevés, supérieurs à 12%, selon les transactions que nous avons pu observer, et une diversification importante du risque réparti entre des centaines de dossiers en contrepartie d’une rémunération nettement moins asymétrique que le financement au cas par cas.

        Comment sourcez-vous les différentes opportunités sur lesquelles vous vous positionnez ?

        Les cabinets d’avocats sont notre principale source. Cela passe par un travail de familiarisation de notre activité, de ses avantages pour leurs clients et pour eux-mêmes afin qu’ils proposent le financement à leurs clients.

        Nous travaillons avec tous types de cabinets, de grands généralistes ou de plus petites structures très spécialisées dans certains domaines du droit.

        Notre autre source de cas est le co-financement. Nous entretenons de très bonnes relations avec les autres financeurs du marché. Le co-financement prend plusieurs formes. Le partage intégral du dossier, une approche qui permet de diversifier nos sources d’origination et de fournir des montants d’investissement plus élevés. Ou le co-financement et nous sommes alors un financeur « silencieux ». Nous bénéficions du travail d’analyse et de suivi du financeur et participons dans un budget souvent largement supérieur à notre ticket moyen, situé entre 1 et 5 millions d’euros.

        Paul de Servigny

        IVO Capital Partners

        Après plusieurs stages dans les équipes de cabinets d’avocats, notamment chez Ayache Salama à Paris en Corporate et M&A, puis en Volontariat international à la Société Générale CIB, Paul a rejoint IVO Capital Partners en octobre 2018 en tant qu’analyste juridique. Paul se concentre principalement sur l’analyse et le suivi des transactions de financement de contentieux.

        Paul est titulaire d’un master en droit des affaires français et anglais et d’un master de droit comparé des affaires de l’université Paris X. Il est également titulaire d’un Master LLM de l’université de Berkeley en Californie et est admis au barreau de New York depuis juillet 2018.

          Vous aimerez aussi

          SOLUTIONS EAM
          Roots

          Roots

          Antoine Blouin
          Banque Heritage
          «Il faut devenir le sparring partner des GFI dans plusieurs domaines. »

          Sphere

          The Swiss Financial Arena

          Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.

          Rue Barton 7
          Case postale 1806
          CH-1211 Genève 1

          P +41 22 566 17 31

          © 2023 Sphere Magazine

          Site réalisé par Swiss House of Brands

          Stratégie

          • Interview Carin Rosenberger
          • Team Head External Asset Managers & Managing Director 
          • LGT (Suisse)

          « Le secteur des EAM va continuer de croître de manière importante »

          La banque LGT Suisse a développé à Zurich ses services pour les gestionnaires de fortune et les gestionnaires de fonds, avec la mise en place d’une nouvelle équipe. Une activité d’une importance stratégique pour la banque. La responsable de cette équipe, Carin Rosenberger, nous explique ses objectifs, les défis qu’elle va devoir surmonter et le potentiel du secteur.

          Depuis juin 2022, vous êtes responsable d’une équipe nouvellement créée pour les intermédiaires financiers. Quels sont vos objectifs ?

          Carin Rosenberger. Nous avons des objectifs de croissance ambitieux dans ce domaine. Outre les gestionnaires de fortune, nous voulons également attirer des gestionnaires de fonds et des multi family offices. Dans le domaine des gestionnaires de fonds en particulier, notre objectif principal est faire savoir que le Liechtenstein est un bon endroit pour héberger leurs produits. Grâce à notre équipe dynamique et à l’excellente offre de LGT, je suis persuadé que nous y parviendrons.

          Jusqu’à la fin de l’année 2022, les questions de réglementation ont été au cœur des préoccupations de nombreux gestionnaires de fortune indépendants. Comment percevez-vous aujourd’hui le secteur en Suisse ?

          Avec la FINIG, le nombre de gérants de fortune a diminué, mais pas les actifs gérés. Grâce à la fidélité de sa clientèle, le secteur possède toujours un grand potentiel et il continuera à croître de manière importante malgré les nouvelles contraintes réglementaires. Mais aussi, en partie, grâce à elles. En effet, l’autorisation délivrée par la FINMA est devenue un label de qualité. L’évolution future dépend désormais, entre autres, de la compétence des gérants à maîtriser efficacement l’évolution des coûts résultant de ces obligations réglementaires. Par ailleurs, de plus en plus de spécialistes viennent enrichir l’offre dans le secteur, par exemple dans les domaines des private markets, de la durabilité ou des cryptos. Notre activité est donc aujourd’hui plus diversifiée et plus passionnante que jamais.

          Avec quelles offres pensez-vous convaincre les gestionnaires de fortune ?

          La LGT, banque privée familiale d’envergure internationale, est un partenaire stable et fiable. Nous pouvons nous prévaloir d’une histoire plus que centenaire et nous sommes actifs depuis 30 ans, avec beaucoup de succès, dans le domaine de l’intermédiation. Nos clients apprécient cette stabilité tout autant que le suivi personnalisé de la clientèle sur place, au Liechtenstein ou en Suisse.

          Notre portefeuille de prestations couvre un large éventail de services : fonds Private Label, solutions de placement sur les private markets via notre asset manager LGT Capital Partners, impact investing, une offre ESG propre pour les intermédiaires, des hypothèques internationales et un conseil global en philanthropie.

          Qu’en est-il du digital ?

          Nous profitons de toutes les opportunités offertes par la numérisation, pour rendre la collaboration entre les gestionnaires de fortune et LGT encore plus efficace. Grâce à nos systèmes actuels et à nos interfaces, toutes les classes d’actifs, y compris le FX, les traded-options, et quelques autres encore peuvent être traitées facilement en ligne. Notre solution électronique d’onboarding pour les intermédiaires et leurs clients finaux permet également d’améliorer l’efficacité des processus. En fin de compte, tous nos efforts doivent servir à ce que nos partenaires disposent de plus de temps pour pouvoir offrir une expérience sans cesse meilleure à leurs clients.

          La prochaine génération de clients est un thème important pour l’ensemble du secteur. Comment se positionne votre banque ?

          Cela a en fait toujours été un défi central dans le secteur financier, mais ce sont aussi, à mon avis, de grandes opportunités. Nous avons pris différentes mesures pour mieux comprendre la nouvelle génération. En plus des enquêtes régulières auprès des clients, nous avons créé dès 2008 la LGT Next Generation Academy. Dans ce contexte, plusieurs thèmes nous semblent particulièrement importants. Pour la jeune génération, le digital va de soi et constitue un facilitateur important, notamment dans le domaine financier. Ils sont habitués à décider et à faire les choses par eux-mêmes, indépendamment du moment et du lieu. Avec notre stratégie de numérisation, qui touche toute la banque, nous voulons convaincre cette jeune génération. La durabilité revêt également une grande importance pour elle, car elle est fermement ancrée dans les valeurs de notre entreprise. Les clientes et les clients en tirent des avantages concrets, par exemple grâce à notre monitoring ESG indépendant et à l’accès à l’offre « Impact Investing » de notre société sœur Lightrock.

           

          Carin Rosenberger

          LGT (Suisse)

          Carin Rosenberger dirige chez LGT Bank (Suisse) l’équipe en charge des gérants de fortune externes. Avec cette équipe, elle est responsable du suivi et de l’acquisition de gérants de fortune externes, de multi family offices et de gestionnaires de fonds en Suisse alémanique. Auparavant, cette économiste de formation a travaillé pendant plus de 12 ans pour Credit Suisse (Suisse), où elle a occupé les postes de Senior Relationship Manager et de Sales & Business Development dans les domaines External Asset Managers et Institutional Asset Managers. La LGT Bank (Suisse) fait partie du groupe LGT, qui appartient à 100% à la famille princière du Liechtenstein. Elle emploie plus de 4’500 personnes dans le monde entier. En 2022, le groupe LGT gérait des actifs d’une valeur de 287,2 milliards de francs.

          SOLUTIONS EAM
          Roots

          Roots

          Antoine Blouin
          Banque Heritage
          «Il faut devenir le sparring partner des GFI dans plusieurs domaines. »

          SOLUTIONS EAM
          Roots

          Roots

          Antoine Blouin
          Banque Heritage
          «Il faut devenir le sparring partner des GFI dans plusieurs domaines. »

          Sphere

          The Swiss Financial Arena

          Depuis sa création en 2016, SPHERE anime la communauté des pairs de la finance suisse. Elle leur propose en français et en allemand différents espaces d’échange avec un magazine, des hors-série réservés aux Institutionnels, un site web et des évènements organisés tout au long de l’année pour aborder de nombreuses thématiques. Toutes les parties prenantes de la finance, l’un des plus importants secteurs économiques de Suisse, ont ainsi à leur disposition une plateforme où il leur est possible d’échanger, de s’informer et de progresser.

          Rue Barton 7
          Case postale 1806
          CH-1211 Genève 1

          P +41 22 566 17 31

          © 2023 Sphere Magazine

          Site réalisé par Swiss House of Brands