SPHERE LAB
Orégane Chérel
SPHERE LAB
« J’ai envie de m’investir pleinement pour construire un SPHERE LAB dynamique, tourné vers l’avenir. »
Face à la montée en complexité des portefeuilles, à la place croissante des actifs non cotés et à la pression réglementaire, les outils technologiques changent de nature chez les gérants indépendants. Étienne de Bejarry, qui vient d’ouvrir le bureau de la plateforme Addepar en Suisse, décrypte ici les choix d’architecture, d’automatisation et de traitement des données qui redéfinissent leur quotidien.
Par Jérôme Sicard
Quels sont aujourd’hui les principaux axes de recherche et développement chez Addepar ?
L’entreprise consacre plus de 100 millions de dollars par an à la R&D, avec près de la moitié de ses effectifs dédiée au produit, à l’ingénierie et à l’infrastructure de données.
Pour ce qui relève de l’infrastructure de données. Addepar a investi massivement dans une architecture qui repose notamment sur Databricks. Elle permet de traiter plus de 450 flux de données issus de banques dépositaires dans le monde entier. Cette approche vise à garantir une qualité de données élevée, une intégration fluide avec des systèmes tiers et un haut niveau de sécurité, tout en assurant la scalabilité de la plateforme.
Le deuxième axe porte sur l’intelligence artificielle et l’automatisation. Addepar développe des agents intelligents, des chatbots et des outils d’automatisation de workflows destinés à simplifier le quotidien de ses utilisateurs. L’objectif est clair : réduire la charge opérationnelle, limiter les interventions manuelles et permettre aux équipes de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.
Enfin, un troisième axe stratégique concerne la gestion des actifs alternatifs et privés. Aujourd’hui, Addepar agrège environ 8’000 milliards de dollars d’actifs et 40% sont investis dans des classes d’actifs non cotées. Addepar a développé des solutions capables de lire, analyser et traiter automatiquement les documents émis par les genGPs pour une intégration fiable et continue de ces données complexes.
Quelles solutions développées à l’international vous paraissent particulièrement pertinentes pour les gérants de fortune indépendants en Suisse ?
Les gérants de fortune indépendants évoluent dans un environnement de plus en plus exigeant, qui requiert des outils à la fois puissants et flexibles. C’est précisément sur ce terrain qu’Addepar a concentré une partie importante de ses développements ces dernières années.
La plateforme repose sur une logique de personnalisation avancée. Chaque profil utilisateur — compliance officer, relationship manager, portfolio manager, direction ou risk officer — peut disposer de tableaux de bord, d’indicateurs et de rapports spécifiquement adaptés à ses responsabilités et à ses objectifs. L’outil n’est pas conçu comme un système figé, mais comme un environnement évolutif, capable de s’ajuster dans le temps aux besoins opérationnels des équipes.
Cette flexibilité s’étend également au traitement des actifs alternatifs. Addepar a développé un module Alternative Data Management pour automatiser l’intégration d’investissements souvent transmis sous forme de documents non structurés, envoyés par email. Ces données sont traitées sans intervention manuelle et converties directement en transactions exploitables, ce qui répond à une problématique très concrète rencontrée par de nombreux gérants en Suisse.
Comment expliquez-vous le retard des gérants indépendants suisses en matière de digitalisation ?
Il s’explique en grande partie par l’évolution rapide de leur environnement. Ces dernières années ont été marquées par un durcissement réglementaire, notamment avec l’introduction de la licence FINMA, ainsi que par une complexification croissante des portefeuilles, multi-banques, multi-juridictions. L’intégration d’actifs – produits structurés & alternatifs par exemple – est devenue nettement plus sophistiquée.
Par ailleurs, le métier de gérant indépendant repose historiquement sur la relation humaine, la confiance et la proximité avec les clients. La technologie n’a longtemps été perçue que comme un support secondaire, voire comme une contrainte, plutôt que comme un levier stratégique. À cela s’ajoute le fait que de nombreux outils digitaux ont été considérés avant tout comme des centres de coûts, sans bénéfice immédiat clairement identifiable.
Comment voyez-vous évoluer le marché des PMS en Suisse dans les prochaines années ?
C’est un marché très concurrentiel, ce qui constitue un avantage pour les gérants, qui disposent d’un large éventail de solutions. Cependant, tous les acteurs ne sont pas égaux face aux investissements nécessaires pour intégrer les nouvelles technologies.
À moyen terme, les PMS qui parviendront à s’imposer auront su anticiper les besoins futurs du marché, en investissant de manière significative dans la recherche et le développement. Les gérants devront être en mesure de faire plus avec moins, tout en répondant aux attentes d’une nouvelle génération de clients, plus exigeante en matière de personnalisation, de transparence et d’expérience digitale.
La capacité à proposer des rapports entièrement sur mesure, des interfaces modernes et des applications mobiles adaptées aux usages deviendra un facteur clé de différenciation. Dans ce contexte, l’expérience digitale offerte aux clients finaux s’imposera comme un élément stratégique à part entière.
Comment intégrez-vous les actifs non cotés pour tendre à une vision consolidée des portefeuilles ?
Comme je le disais, près de 40 % des actifs agrégés sur la plateforme sont investis dans le private equity, l’immobilier, les investissements directs ou d’autres actifs réels. Pour répondre aux spécificités de ces classes d’actifs, Addepar a développé des outils qui se connectent directement aux portails des general partners, analysent automatiquement les documents reçus et génèrent les transactions correspondantes dans la plateforme. Cette approche garantit une vision consolidée des portefeuilles avec des données fiables et historisées dans le temps.
En complément, Addepar a mis en place des outils de projection de cash-flows et de liquidité à long terme, reposant sur une vaste base de données anonymisée de fonds privés. Ces fonctionnalités permettent d’effectuer des scénarios réalistes et de proposer des benchmarks de performance pertinents, en fonction des stratégies et des profils d’investissement.
Quelle place accordez-vous à l’intelligence artificielle et à l’analyse prédictive dans un PMS ?
Elle est notamment utilisée pour automatiser le traitement des documents liés aux actifs alternatifs, mais aussi pour alimenter des chatbots capables de répondre à des requêtes complexes à partir des données disponibles sur la plateforme.
Au-delà de ces premiers cas d’usage, Addepar travaille sur l’automatisation de workflows opérationnels complets : onboarding des clients, contrôles réglementaires, réconciliations de données bancaires. L’objectif est de fluidifier les processus et de réduire significativement les tâches manuelles.
À terme, l’IA jouera un rôle central dans le périmètre fonctionnel des PMS, tout en restant encadrée par une validation humaine. Il ne s’agit pas de remplacer l’expertise des professionnels, mais de la renforcer, en leur donnant des outils capables d’améliorer l’efficacité, la fiabilité et la prise de décision.
Etienne de Bejarry
Addepar
Étienne de Bejarry occupe depuis juin 2025 les fonctions de Senior Account Executive chez Addepar, dont il pilote le développement commercial en Suisse. Addepar, plateforme tech pour les professionnels de l’investissement, a ouvert en octobre son bureau suisse à Genève. Après une solide expérience acquise dans le secteur du conseil en management, Etienne de Bejarry a travaillé ces cinq dernières années chez WealthArc où il a mis en œuvre et dirigé la stratégie commerciale.
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Par Jérôme Sicard
Quelles sont les grandes différences structurelles entre les marchés du crédit aux Etats-Unis et en Europe ?
Le marché du crédit américain est sensiblement plus vaste que son équivalent européen. Les deux marchés sont liquides, mais celui des États-Unis est environ trois fois plus important. Les segments européens du high yield et des prêts à effet de levier sont plus récents et de taille plus modeste. Le tableau ci-dessous en présente les principales caractéristiques.
Comment les politiques monétaires divergentes de la Fed et de la BCE ont-elles influencé les spreads de crédit de part et d’autre de l’Atlantique ?
La Réserve fédérale américaine a procédé à plusieurs baisses de taux, tout en conservant une marge de manœuvre avant d’atteindre ce qu’elle considère comme un taux neutre, situé entre 3 % et 3,25 %. Les marchés anticipent d’ailleurs que ce niveau sera atteint dans les douze prochains mois. Ces attentes ont contribué à la compression des spreads de crédit aux États-Unis.
Dans la zone euro, la Banque centrale européenne a abaissé ses taux plus rapidement et, avec un taux à 2 %, se situe déjà à un niveau considéré comme neutre. Cette politique a également favorisé la compression des spreads en Europe et soutenu de manière décisive les perspectives de croissance, ce qui renforce les fondamentaux des entreprises et contribue à des spreads plus resserrés.
Comment comparer aujourd’hui les risques de refinancement entre les émetteurs américains et européens ?
À l’échelle mondiale, le segment high yield a progressivement gagné en qualité de notation depuis la crise financière mondiale. Les émetteurs notés CCC ne représentent plus qu’environ 8 % du marché global. Ils étaient près de 15 % en 2007. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs, comme la migration des structures de capital notées single-B vers le marché des prêts, l’élimination de certains émetteurs CCC historiques à la suite des défauts et, enfin, une émission nettement plus faible de titres CCC depuis le changement de régime de taux en 2022.
La grande majorité des émetteurs sont aujourd’hui des entreprises mieux notées, génératrices de cash-flow, disposant d’un accès aux marchés de capitaux et capables de traverser un ralentissement macroéconomique. Les ratios de stress restent donc relativement faibles. Seuls 5,5 % du marché high yield européen et un peu moins de 6 % du marché américain se traitent à des niveaux de détresse, avec des spreads supérieurs à 750 points de base. Ces cas concernent principalement des structures de capital héritées, excessivement endettées, des entreprises aux perspectives dégradées, ou une combinaison des deux.
Nous ne constatons pas de différence majeure entre les États-Unis et l’Europe. Les entreprises solides, dotées de structures de capital adaptées – soit la grande majorité dans les deux régions – conservent un accès au financement et présentent des risques de refinancement limités. À l’inverse, les profils plus fragiles font face à des perspectives nettement plus contraintes, indépendamment de leur zone géographique.
Comment expliquer le resserrement des spreads européens malgré des perspectives de croissance plus faibles ?
Une croissance plus modérée n’est pas nécessairement défavorable aux spreads, car elle a conduit la BCE à assouplir sa politique monétaire. Tant que le ralentissement ne provoque pas une hausse significative des défauts, une croissance molle reste favorable aux marchés obligataires.
Le resserrement des spreads européens s’explique également par une forte demande des investisseurs pour le portage, des fondamentaux de crédit jugés sains et l’anticipation d’un soutien durable de la BCE. Des facteurs techniques et le positionnement des investisseurs jouent également un rôle important. Les flux entrants ont été soutenus face à une offre limitée, contribuant à maintenir les spreads à des niveaux serrés. L’analyse de périodes historiques de spreads durablement bas – comme entre 1992 et 1997 ou de 2004 à 2007 – montre d’ailleurs que ceux-ci peuvent rester comprimés même dans un contexte de croissance modérée.
Où identifiez-vous aujourd’hui les opportunités les plus attractives sur le marché du crédit : aux États-Unis ou en Europe ?
Des opportunités existent dans les deux régions, mais le crédit européen nous paraît particulièrement attractif. Le high yield européen et les prêts à effet de levier ont affiché des performances supérieures à celles de leurs homologues américains au quatrième trimestre 2024 comme sur l’ensemble de l’année.
Le crédit européen offre des opportunités de portage intéressantes, notamment sur le high yield et les CLO, où les spreads demeurent relativement plus larges qu’aux États-Unis. La dispersion entre secteurs et entre émetteurs crée par ailleurs un terrain propice à la gestion active.
Aux États-Unis, nous privilégions le portage sur les maturités courtes dans des segments tels que le high yield corporate, les produits structurés et les titres agency/MBS, où les rendements attendus sont élevés au regard de la volatilité, comparativement aux produits de spread de maturité plus longue.
Comment le rebond économique observé en Europe plus tôt cette année a-t-il influencé l’appétit des investisseurs pour le crédit européen ?
La résilience des perspectives économiques européennes a constitué un soutien majeur pour le crédit. En début d’année, la croissance dans les pays périphériques a d’abord surpassé celle du cœur de la zone euro. Puis, en mars, l’annonce de la volonté de l’Allemagne d’accroître ses investissements dans les infrastructures et la défense a fortement amélioré les anticipations de croissance, soutenant le sentiment sur le crédit corporate.
Malgré cette résilience, la croissance est restée inférieure à sa tendance de long terme, ce qui a permis à la BCE de réduire ses taux à mesure que l’inflation se rapprochait de 2 %. Ce contexte a renforcé l’appétit pour les actifs risqués, y compris le crédit.
Guillermo Felices
PGIM
Guillermo Felices occupe les fonctions de Global Investment Strategist chez PGIM Fixed Income. Avant de rejoindre le groupe en 2021, Guillermo Felices était responsable de la stratégie d’investissement et membre du Multi-Asset Investment Committee chez BNP Paribas Asset Management. Plus tôt dans sa carrière, il a dirigé la recherche en allocation d’actifs pour l’Europe pour l’Europe chez Barclays, qu’il avait rejoint en 2011. Il a également travaillé pour Citi, et à la Bank of England. Guillermo est titulaire d’un doctorat et d’un MA en économie de l’Université de New York, ainsi que d’une licence en économie de l’Universidad del Pacífico à Lima, au Pérou.
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Facteur de transformation majeur dans les services financiers, l’intelligence artificielle bouleverse à la fois les organisations, les métiers et le marché de l’emploi. Automatisation des processus, montée en puissance de la data, évolution des compétences : Julie Guittard et Mathieu Raynot en analysent ici l’impact concret sur la place financière suisse.
Par Jérôme Sicard
Comment est-il possible d’évaluer aujourd’hui l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi dans les services financiers en Suisse ?
L’arrivée de l’intelligence artificielle transforme profondément les modes de réflexion et de travail dans l’ensemble des secteurs économiques. Nous ne sommes encore qu’au début de mutations structurelles majeures, qui redéfiniront durablement le marché de l’emploi en Suisse comme à l’international. Les services financiers – banque, gestion d’actifs et assurance – sont particulièrement concernés par ces évolutions, car ils reposent largement sur des processus quotidiens répétitifs, fortement axés sur les données, ainsi que sur un volume important de tâches administratives et de support.
C’est précisément dans ces domaines que l’IA déploie aujourd’hui son potentiel. Elle permet l’automatisation de nombreuses tâches routinières, améliore sensiblement l’analyse des données, génère des contenus de synthèse personnalisés, facilite la traduction automatisée et adapte la communication au profil du client. L’IA remodèle également la relation entre les institutions financières et leurs clients, notamment à travers la création de chatbots disponibles en continu, ou des processus KYC de plus en plus digitalisés. En banque privée, elle facilite la préparation des reportings, la traduction instantanée et une communication plus fine et plus personnalisée.
Nous observons déjà certaines suppressions de postes, principalement dans les fonctions de type support, administratif et juridique. Cette évolution ne peut toutefois pas être attribuée uniquement à l’IA. Elle s’inscrit dans un contexte plus global, marqué par des tensions géopolitiques et économiques, des ajustements de taux d’intérêt, ainsi que par une consolidation importante des secteurs de la banque, de la finance et de l’assurance en Suisse. Elle s’est nettement accélérée au cours des trois dernières années. L’ensemble de ces facteurs contribue à un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi financier. Les recrutements existent toujours, mais ils se concentrent désormais sur des profils très spécialisés. En parallèle, de nombreux candidats disponibles présentent des profils devenus trop généralistes ou trop orientés back-office, avec une exposition limitée aux compétences en intelligence artificielle et aux nouveaux outils désormais requis.
Quel impact spécifique l’IA aura-t-elle sur les fonctions de back-office, d’opérations et de compliance ?
Ces fonctions figurent parmi les plus exposées aux transformations en cours. D’un côté, l’IA augmente nettement la qualité, la rapidité et la fiabilité de ces activités, en les alignant sur des standards professionnels beaucoup plus élevés qu’auparavant. Elle contribue ainsi à une forme d’institutionnalisation des processus, avec des normes, des contrôles et des capacités techniques renforcés.
De l’autre côté, cette évolution exerce une pression accrue sur les collaborateurs, qui doivent aujourd’hui maîtriser à la fois les compétences techniques propres à leur métier et les avancées en matière de technologie, d’automatisation et d’IA. Les postes très segmentés de back-office, déjà en déclin depuis une dizaine d’années, ont été progressivement remplacés par des fonctions plus transversales, telles que les Business Analysts ou les Project et Process Managers, permettant de réduire significativement la taille des équipes opérationnelles. L’IA représente aujourd’hui un second palier de transformation, qui s’intègre directement dans les tâches quotidiennes des opérations et de la compliance et renforce fortement la dimension data et analytique de ces fonctions.
Sommes-nous plutôt dans la transformation des métiers ou dans la suppression d’emplois ?
La question n’oppose pas transformation des métiers et suppression d’emplois. Les deux dynamiques coexistent. Le déploiement de l’IA ouvre indéniablement des opportunités d’apprentissage, de montée en compétences et de création de nouveaux rôles. De nombreuses fonctions opérationnelles ont déjà intégré des outils d’automatisation ou d’analyse intelligente, permettant des gains de temps significatifs et une amélioration de la performance.
Dans le même temps, cette évolution s’accompagne d’une réduction des postes reposant principalement sur des processus manuels ou très répétitifs. Cette tendance touche désormais les départements informatiques. L’arrivée d’outils capables de générer du code ou d’assister fortement le développement réduit la charge de travail de certains développeurs et remet en question la nécessité de maintenir des équipes aussi étoffées qu’auparavant. Dans plusieurs institutions, les équipes IT ont été réduites de manière significative ces douze à vingt-quatre derniers mois, et cette évolution se reflète clairement dans le marché de l’emploi, avec une baisse marquée des offres dans ce domaine.
Quelles compétences deviennent indispensables pour rester employable dans les services financiers à l’ère de l’IA ?
Le marché de l’emploi se complexifie rapidement, et il devient indispensable de développer des compétences en phase avec les nouvelles exigences technologiques et opérationnelles. Deux grandes voies se dessinent aujourd’hui.
La première consiste à se spécialiser dans des fonctions à forte valeur ajoutée, soutenues par la formation continue et des certifications professionnelles, afin de compléter les capacités offertes par l’IA. Cette spécialisation s’accompagne souvent d’une hybridation des compétences, combinant expertise financière, maîtrise des outils numériques et compréhension des cadres réglementaires.
La seconde voie concerne les profils davantage orientés vers la relation client et le développement commercial. La capacité à instaurer une relation de confiance, à accompagner des clients privés ou institutionnels sur le long terme et à comprendre leurs besoins complexes reste un atout central. Dans ces métiers, la dimension humaine demeure irremplaçable, d’autant plus sur la place financière suisse.
À l’inverse, une partie des fonctions administratives et opérationnelles constitue aujourd’hui le segment le plus exposé à l’automatisation à moyen terme, avec un risque réel de disparition progressive de certains postes dans les dix à quinze prochaines années. Cela représente le « ventre mou » du marché, et doit être pris au sérieux tant par le secteur privé que par les pouvoirs publics.
Voyez-vous émerger de nouveaux profils ou de nouveaux métiers liés à l’IA dans la finance ?
Oui. Les profils les plus recherchés sont désormais des experts métiers capables de maîtriser les outils d’IA et de les intégrer concrètement dans leur activité quotidienne. On observe l’émergence de nouveaux rôles, tels que les AI Business Analysts intégrés aux équipes opérationnelles, les spécialistes data et IA dans les départements risques, conformité ou investissement, les experts en modélisation prédictive, en gouvernance et qualité des données, ainsi que les professionnels de la cybersécurité.
Une part importante des métiers de 2030 n’existe pas encore, et les cycles de transformation s’accélèrent fortement depuis la crise du Covid, l’IA venant s’ajouter à des évolutions déjà engagées, comme le télétravail ou la digitalisation des processus.
La Suisse est-elle en avance ou en retard par rapport aux autres places financières ?
La Suisse se situe dans une position intermédiaire. Elle dispose de bases solides, avec des infrastructures robustes, des compétences techniques élevées et un écosystème académique de qualité. En revanche, elle avance souvent de manière plus prudente que d’autres places financières, en raison d’un cadre réglementaire exigeant, d’une culture du risque plus conservatrice et d’une gouvernance parfois plus lente à intégrer les innovations. Les autres places financières sont scrutées également de près. Cette approche privilégie la qualité, la fiabilité et la sécurité, ce qui constitue un avantage compétitif important, notamment en banque privée, en gestion de fortune et en assurance.
L’IA requiert-elle des stratégies spécifiques de déploiement ?
Oui. Le déploiement de l’IA nécessite une vision stratégique claire, une gouvernance rigoureuse des données et une gestion des risques adaptée, avec des mécanismes de supervision humaine. Il implique également une stratégie RH cohérente, intégrant la montée en compétences, l’accompagnement du changement et une communication interne et externe renforcée. Si l’IA transforme profondément les outils et les processus, l’investissement dans le capital humain, les soft skills et la capacité d’adaptation demeure plus que jamais central.
Julie Guittard
Michael Page
Spécialisée dans le recrutement au sein du secteur bancaire et des services financiers en Suisse romande, Julie Guittard est senior manager chez Michael Page. Elle a plus de 14 ans d’expérience dans la gestion de talents. Au cours de sa carrière, elle a dirigé des équipes et couvert un large éventail de postes dans les domaines du risque, de la conformité, de la finance, des investissements, des opérations et du front office pour des banques privées, des asset managers et des gestionnaires de fortune.
Mathieu Raynot
Michael Page
Diplômé d’un Master en Management, Spécialisation Négociation d’Affaires, Mathieu Raynot a rejoint la Division Banking & Financial Services de Michael Page à Genève en 2014. Onze années plus tard, il s’est spécialisé sur les métiers techniques en opérations, en risque & compliance, en investissement et en gestion de fortune pour une clientèle composée de banques privées, de sociétés de gestion, de family offices, d’assets managers, de trusts, de fintechs et d’acteurs de l’assurance. Il accompagne aujourd’hui tant des jeunes diplômés que des profils experts sur ces métiers de la finance, et intervient également dans des écoles et différents cercles économiques locaux.
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Le programme de formation ISFB x SPHERE destiné aux gérants de fortune indépendants se poursuit le 16 février à l’Institut Supérieur de Formation Bancaire, à Genève, avec un module consacré à la cybersécurité, devenue aujourd’hui un enjeu majeur pour les GFI. Olivier Roth en présente les grandes lignes.
Dans quelle mesure la cybersécurité est-elle devenue un enjeu prioritaire pour les gérants indépendants ?
Elle est devenue aujourd’hui un enjeu critique pour les gérants indépendants, au même titre que la conformité réglementaire ou la gestion des risques financiers. Les gérants manipulent des données confidentielles voire sensibles – informations clients, KYC, informations portefeuilles – à partir de structures souvent légères, parfois fortement externalisées. Cette combinaison les rend particulièrement exposés aux cyberattaques, qui sont de plus en plus ciblées, automatisées et opportunistes.
Par ailleurs, le renforcement des obligations légales et les attentes plus élevés des clients font de la sécurité informatique un facteur déterminant de crédibilité et de pérennité pour les GFI.
Quelles failles ou vulnérabilités observez-vous le plus souvent chez eux ?
Les vulnérabilités les plus fréquentes sont rarement liées à des technologies complexes, mais plutôt à des fondamentaux insuffisamment maîtrisés. On observe souvent une gestion des accès perfectible, des mots de passe faibles ou partagés, des sauvegardes mal configurées ou non testées, ainsi qu’un manque de visibilité sur les données réellement détenues et leur localisation.
À cela s’ajoutent une dépendance forte aux prestataires IT, parfois sans cadre contractuel clair, et une faible formalisation des responsabilités en matière de sécurité et de protection des données.
Comment votre module aide-t-il concrètement les gérants à traiter ces risques ?
Le module propose une approche pragmatique et progressive, spécifiquement conçue pour les petites structures. Il permet d’identifier les risques majeurs, de comprendre les scénarios d’attaque les plus courants et de mettre en place des mesures simples mais efficaces, immédiatement activables.
L’objectif n’est pas de transformer les participants en experts techniques, mais de leur donner une méthode pour prioriser les actions, renforcer les bases de leur sécurité et structurer une première feuille de route réaliste, adaptée à leurs moyens et à leur activité.
Pourquoi est-il essentiel d’intégrer les dimensions réglementaires comme la LPD et le RGPD dans ce programme ?
La cybersécurité et la protection des données sont aujourd’hui indissociables. Les exigences de la LPD et du RGPD imposent non seulement des obligations juridiques, mais aussi une logique de gouvernance, de responsabilité et de traçabilité.
Comprendre ces cadres réglementaires permet aux gérants de mieux appréhender leurs responsabilités, d’anticiper les risques juridiques et réputationnels, et de dialoguer de manière plus structurée avec leurs partenaires, clients ou autorités. La réglementation tend ainsi à jouer un rôle structurant, au-delà d’une simple contrainte formelle.
Quelle place occupent les comportements humains et la sensibilisation des collaborateurs dans la prévention des incidents informatiques ?
Le facteur humain est central. Une grande majorité des incidents de sécurité trouve son origine dans des comportements à risque : phishing, mots de passe réutilisés, mauvaises pratiques de partage de fichiers ou manque de vigilance.
La sensibilisation des collaborateurs – y compris dans des équipes très réduites – est donc un pilier fondamental de la prévention. Le module insiste sur les bons réflexes, la compréhension des menaces courantes et la responsabilisation de chacun, car la meilleure technologie reste inefficace sans une culture de sécurité partagée.
Comment un gérant peut-il évaluer son niveau de maturité en matière de cybersécurité ?
L’exercice consiste d’abord à se poser les bonnes questions : quelles données sont traitées, où sont-elles stockées, quelles personnes y ont accès, quelles mesures de protection existent et comment réagir en cas d’incident.
Le module fournit des grilles et des critères simples permettant aux gérants d’autoévaluer leur niveau, d’identifier leurs points faibles et de situer leur organisation sur une trajectoire d’amélioration progressive, sans approche anxiogène ou disproportionnée.
Comment ce module permet-il aux participants de mieux dialoguer avec leurs prestataires IT sans être des experts techniques ?
L’un des objectifs clés est de redonner aux gérants une capacité de pilotage. En comprenant les concepts essentiels, les enjeux de gouvernance et les bonnes pratiques, ils peuvent poser les bonnes questions, challenger les propositions de leurs prestataires et clarifier les responsabilités de chacun.
Il ne s’agit pas de remplacer les experts, mais de sortir d’une relation asymétrique, où la technique devient opaque, pour instaurer un dialogue éclairé et constructif.
Quel est le premier réflexe que tout gérant devrait adopter à l’issue de cette formation ?
Le premier réflexe est de passer de la prise de conscience à l’action structurée. Cela signifie identifier ses priorités, formaliser quelques règles claires – notamment sur les accès, les sauvegardes et les données – et inscrire la cybersécurité dans une démarche continue de gestion des risques.
La sécurité n’est pas un état figé, mais un processus. Ce module vise précisément à donner aux gérants les clés pour l’engager de manière réaliste, autonome et durable.
Olivier Roth
Depuis huit ans, Olivier Roth intervient comme Data Protection Officer auprès d’entreprises privées et d’institutions publiques actives notamment dans la finance, la santé, l’énergie, les collectivités publiques et les plateformes digitales. Il est également coach accrédité dans plusieurs programmes d’innovation numérique, tels qu’Innosuisse, et il siège au sein de plusieurs conseils d’administration ou de fondation.
Auparavant, Olivier Roth a dirigé pendant plus de vingt ans les opérations d’une entreprise suisse de services informatiques en lien avec une clientèle bancaire et des gérants indépendants. Il enseigne par ailleurs depuis plus de six ans à l’ISFB, où il s’attache à relier pratique professionnelle et rigueur académique.
Informations pratiques
Sensibilisation à la sécurité informatique dans les petites structures
ISFB, 16 février, 13h30
Route des Jeunes 12
1212 Grand-Lancy | Genève
Contenu : Ce module a pour objectif d’aider les gérants indépendants et les petites structures à renforcer leur résilience face aux risques numériques. Chaque participant découvrira les bonnes pratiques essentielles en matière de cybersécurité et de protection des données personnelles : identification des menaces, mesures de prévention adaptées aux petites organisations, exigences vis-à-vis de des prestataires, obligations légales et réflexes à adopter en cas d’incident…. Ces apports seront directement confrontés à l’auto-diagnostique que chacun aura réalisé sur sa propre entreprise (aucune compétence technique n’est requise). Bref, une approche concrète et pragmatique pour sécuriser son activité, répondre aux exigences en termes de protection des données et renforcer la confiance de ses clients.
Durée : 4h00
Format : Présentiel
Intervenant : Olivier Roth
Conditions d’admission :
Prix Public par module : CHF 550.-
Prix Membre par module : CHF 410.-
S’inscrire :
Plus d’informations :
Séminaire Gérants indépendants ISFB x SPHERE | ISFB
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Montres, joaillerie, voitures de collection, œuvres d’art… les luxury assets se sont imposés ces dernières années comme une véritable classe d’actifs. Loin de la simple consommation, ces objets obéissent désormais à des logiques de marché, de liquidité et de structuration patrimoniale. Dans cet entretien, Gzim Hasani en explique les principes clés.
Par Jérôme Sicard
Quels sont les facteurs clés qui ont transformé le marché du luxe en une véritable classe d’actifs ?
Le principal moteur en est la croissance mondiale de la richesse, qui s’ajoute à une sophistication accrue des grandes fortunes. Les luxury assets sont progressivement passés du registre de la consommation à celui des investissements alternatifs. Le mouvement a d’abord concerné l’immobilier prime, avant de s’étendre aux montres, à la joaillerie, aux voitures de collection et à certaines catégories d’art.
Le véritable changement est venu avec la professionnalisation du marché. Les standards de valorisation sont plus précis, les marchés secondaires donnent plus de profondeur, une meilleure liquidité et des structures de détention plus organisées. À la base, les luxury assets reposent sur deux piliers : la rareté et le désir. Lorsqu’un objet réunit les deux, il devient comparable à une classe d’actifs à part entière, avec des marchés réels, une liquidité effective et une sensibilité claire aux cycles économiques.
Comment expliquer que les investissements dans les montres, les voitures ou l’art surperforment parfois les marchés financiers traditionnels ?
La performance n’est pas le point de départ. La prise de conscience l’est. Beaucoup de personnes détiennent déjà des luxury assets sans les considérer comme tels. Une montre ou une voiture est souvent perçue comme un objet de consommation, alors qu’elle devrait être gérée comme un actif.
Ces objets ne tombent que très rarement à zéro. La différence réside dans leur structuration : valorisation, assurance, documentation, transmission et capacité à être cédés rapidement. Lorsque ces actifs sont gérés de manière professionnelle, la performance devient une conséquence naturelle — et non un objectif en soi.
En quoi la légitimité économique du luxe s’est-elle renforcée au cours des vingt dernières années ?
Il est essentiel de bien distinguer les produits du luxe des véritables luxury assets. Une large part de l’industrie reste fondamentalement orientée vers la consommation. Seul un nombre limité de marques et d’objets répond aux critères propres à des actifs durables, avec une demande et une valeur persistantes.
On le constate avec certaines montres iconiques, des voitures de collection exceptionnelles ou des sacs très reconnaissables comme les Birkin ou les Kelly chez Hermès. Ces objets combinent rareté, légitimité de la marque et leurs marchés secondaires sont fonctionnels. Beaucoup de marques de luxe vendent des produits de luxe, mais pas des actifs de luxe — et comprendre cette distinction est fondamental.
Comment distinguez-vous concrètement un bien de luxe d’un actif de luxe dans le conseil aux clients ?
Au final, c’est le marché qui tranche. Comme pour les actions, la valeur est définie par la demande à long terme et la profondeur du marché. Certains biens deviennent des actifs avec le temps. La Ferrari F40 en est un bon exemple. Elle a été longtemps relativement accessible, mais elle a fini par acquérir une valeur élevée en raison de sa rareté et de sa portée culturelle.
Dans l’art, trois critères sont déterminants : le parcours de l’artiste, sa reconnaissance institutionnelle et le fait qu’il soit encore en vie ou non. Rien n’est garanti, mais la probabilité augmente. La même logique s’applique aux montres ou aux voitures. Une Patek Philippe a statistiquement bien plus de chances d’avoir encore un marché dans cinquante ou cent ans qu’une marque indépendante confidentielle.
Quel rôle jouent la rareté, la provenance et le savoir-faire dans la valeur future d’un actif ?
Ils sont essentiels, mais insuffisants à eux seuls. La valeur à long terme repose aussi sur la confiance dans la continuité de la marque ou du savoir-faire. Des maisons comme Audemars Piguet investissent avec une vision multigénérationnelle.
Dans l’univers des voitures de collection, on observe déjà des difficultés liées à la disparition de compétences spécialisées. L’entretien, la conservation et la logistique deviennent alors des facteurs clés de création de valeur. C’est aussi pourquoi les montres et la joaillerie présentent souvent un avantage. Elles sont plus faciles à préserver, transporter et assurer, tout en concentrant une valeur significative.
Comment évaluez-vous l’équilibre entre le risque, le rendement et la dimension émotionnelle de ces actifs?
L’émotion est presque toujours le point d’entrée. Les collectionneurs construisent leurs portefeuilles par passion pour les objets qui leur plaisent, pour leur histoire et pour l’envie de les transmettre. Avec le temps et l’augmentation de la valeur, la structuration devient indispensable. À ce stade, la gouvernance, la valorisation et la gestion des risques prennent toute leur importance. L’émotion crée l’engagement ; la structure protège la valeur.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes commises par des investisseurs qui s’intéressent aux luxury assets?
La plus courante consiste à confondre prix élevé et qualité de l’actif. Un prix élevé ne fait pas un luxury asset. La liquidité, l’existence d’un marché secondaire et la demande à long terme sont souvent sous-estimées.
Nous observons aussi des phases spéculatives, comme dans le vin après le Covid, suivies de corrections. C’est normal. Les marchés du luxe, comme tous les autres, évoluent par cycles — et la discipline reste déterminante.
Comment les enjeux de durabilité et d’éthique influencent-ils les décisions d’investissement dans le luxe ?
Dans le luxe, la durabilité ne se résume pas aux critères ESG classiques. Elle concerne avant tout la continuité : la capacité à préserver le savoir-faire, la qualité et la transmission sur plusieurs générations.
Pour les investisseurs, il est donc important de privilégier des marques qui protègent leur capital humain, résistent à une industrialisation excessive et conçoivent des produits faits pour durer. Dans le luxe, la durabilité est avant tout une question de crédibilité et de cohérence de la marque sur le long terme.
Qu’est-ce qui distingue le court terme du long terme dans une stratégie d’investissement liée aux luxury assets?
Les stratégies de long terme surperforment presque toujours. Les investisseurs qui achètent, conservent et construisent dans le temps bénéficient de la demande cumulative, de la force des marques et de la liquidité croissante. Le « flipping » existe, notamment dans certaines régions, mais l’histoire de certaines maisons montre que ce sont des fondamentaux solides, et non la spéculation, qui soutiennent la valeur sur la durée.
Quels sont les principes clés pour intégrer les actifs de luxe dans un portefeuille global ?
La plupart des grandes fortunes détiennent déjà des actifs de luxe — elles ne les gèrent simplement pas comme tels. L’enjeu est l’intégration. Ces actifs doivent être valorisés, structurés et alignés avec les objectifs patrimoniaux globaux.
Il n’existe pas d’allocation standard. Tout dépend de la situation personnelle, de la structure familiale et des objectifs de long terme — et surtout de la capacité de ces actifs à apporter de la flexibilité, plutôt que des contraintes.
Gzim Hasani
smzh
Gzim Hasani dirige smzh, un prestataire de services financiers actif dans les domaines de l’investissement, de la prévoyance, de la fiscalité, de l’immobilier, de l’assurance et de la structuration juridique. Il en est le fondateur. Il est également l’initiateur d’Impegno & Partners, une plateforme dédiée à l’accompagnement patrimonial de clients très fortunés. Son expertise repose sur une solide expérience acquise auprès d’une clientèle UHNWI, notamment chez Credit Suisse et Julius Baer, où il a exercé en tant que senior relationship manager. Gzim Hasani est titulaire d’un MSc délivré par la Kalaidos Banking + Finance School.
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