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  • Interview Marco Grilli
  • Head of Wealth Management
  • Banque de Commerce et de Placements

« Nous installer parmi les acteurs reconnus du wealth management »

Basée à Genève, la Banque de Commerce et de Placements a renforcé son pôle Wealth Management avec le recrutement de Christian Couyoumtzelis et Azar Jalilov. Leur arrivée souligne la volonté de la BCP de dynamiser son développement dans le domaine de la gestion de fortune, comme l’explique Marco Grilli, responsable du pôle.

Pourquoi la BCP a-t-elle choisi d’intensifier le développement de son pôle Wealth Management ?

La gestion de fortune a toujours été une activité essentielle pour la banque. Nous sommes historiquement reconnus pour nos activités de financement du négoce de matières premières, qui se sont inscrites dans une forte dynamique, sous la direction de Pierre Galtié, au cours de ces dernières années. Néanmoins, la branche Wealth Management est également partie intégrante de l’ADN de la BCP depuis sa création, en 1963. Avec une approche entrepreneuriale tournée vers nos clients, cette activité a toujours été présente. Aujourd’hui, nous entamons un nouveau cycle. Nous bénéficions en effet d’un momentum solide insufflé au sein de la banque au cours des années passées. Nous voulons en profiter pour développer et accompagner ce nouveau cycle au sein de nos activités wealth management. Cela s’inscrit autant dans une logique de croissance que de diversification de nos revenus.

De quelle manière déployez-vous cette activité ?

Beaucoup d’éléments sont déjà réunis au sein de la banque. Nous sommes une banque suisse, avec une licence bancaire au Luxembourg et un bureau de représentation implanté à Dubaï DIFC. Nous fêtons cette année nos soixante ans d’existence, au cours desquels nous avons développé un savoir-faire et une expertise reconnus, ainsi qu’une qualité de services appréciée de nos clients. Nous avons par ailleurs la chance d’avoir déjà une clientèle d’entrepreneurs que nous servons au travers de notre division CTF, avec laquelle les synergies nous semblent donc aussi très naturelles.

Nous avons ensuite une forte expertise sur les marchés émergents, à savoir l’Europe centrale et de l’Est, le Moyen-Orient et l’Afrique. Nous sommes implantés sur ces zones depuis longtemps. Ce sont donc nos marchés prioritaires. Nous nous appuyons en outre sur le solide bilan de la banque, avec un tier 1 ratio de 18%, bien au-delà des 10.5% règlementaires, et sur des fonds propres de 600 millions de francs. Peu de banques privées de notre taille en Suisse disposent d’autant de ressources aujourd’hui. Enfin, notre modèle est fondé sur un principe d’architecture ouverte, privilégiant avant tout la solution optimale pour chaque client.

Que vous apportent les arrivées de Christian Couyoumtzelis & Azar Jalilov que vous venez de recruter ?

Christian Couyoumtzelis remplira à la BCP les fonctions de Head of Asset Management and Advisory. Azar Jalilov, qui est un spécialiste du segment UHNWI, officiera pour sa part en tant que Senior Relationship Manager. Dans les faits, la venue de Christian nous permet de dynamiser la partie advisory et mandats discrétionnaires, avec une expertise reconnue sur les zones émergentes. Quant à Azar, son expérience, son réseau et ses compétences contribueront pour beaucoup aux efforts que nous menons auprès de notre clientèle en Asie Centrale, marché clé pour la BCP. Nous avons par ailleurs également recruté, en fin d’année dernière, Luigi Leone et Fabrice Puntel en tant que Senior Relationship Managers. Tous les deux possèdent plus de vingt ans d’expérience avec la clientèle, respectivement auprès d’UBS et Julius Baer. Leurs arrivées marquent la volonté de la BCP de renforcer la culture du wealth management au sein de la banque.

Quels sont vos objectifs à terme pour ce pôle Wealth Management ?

Nous voulons capitaliser au mieux sur nos ressources, nos compétences et notre réputation sans faille pour nous installer parmi les acteurs reconnus du wealth management sur la place financière suisse. D’ici cinq ans, nous visons une augmentation de notre masse sous gestion de façon progressive et qualitative. Avec une qualité de revenus, de bénéfices et de ratios financiers historiquement solides au sein de la banque, l’objectif est d’accroître et diversifier les revenus plus encore, en intensifiant significativement la contribution du Wealth Management.

Marco Grilli

Banque de Commerce et de Placements

Marco Grilli a débuté sa carrière dans le wealth management auprès de la banque UBS. Il a ensuite rejoint Julius Baer pour se concentrer sur les marchés émergents, dans un premier temps comme relationship manager, puis responsable d’équipe. Au sein de Julius Baer, Marco Grilli a également été responsable adjoint pour les marchés d’Europe centrale et de l’Est ainsi que d’Asie centrale, au sein de la succursale de Genève. Après avoir complété sa formation auprès de l’IMD Lausanne, il est arrivé en 2021 à la BCP en tant que responsable de la clientèle privée, avant d’être nommé à la direction du département Wealth Management en 2022. Marco Grilli a obtenu son diplôme d’économiste d’entreprise HES à la Haute Ecole de Gestion du Canton de Vaud.

 

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    • Interview Nicolas Ganne
    • Gestionnaire de portefeuille senior
    • Noble Capital Management

    « Appréhender le marché et générer des scénarios de trading alternatifs»

    Noble Capital Management a recruté Nicolas Ganne, en provenance de BGC Partners, pour enrichir les stratégies de trading mises en œuvre dans le cadre de la gestion antifragile.

    En quoi consistent les stratégies de trading sur lesquelles vous allez travailler chez Noble Capital management ?

    Mon rôle est d’enrichir la palette de stratégies de trading antifragiles de NCM. Pour cela, je me base sur un modèle multi-facteurs recherchant des convergences entre analyse technique, analyse fondamentale, opportunités sur la volatilité et structure de la courbe à terme. L’alignement de ces facteurs augmente considérablement la probabilité de positions gagnantes et offre, via une implémentation en dérivés, un « risk/return » optimal. J’utilise pleinement la dimension quantitative de la finance comportementale pour appréhender le marché et générer des scenarios de trading alternatifs. Enfin l’analyse Inter-marchés, l’étude des corrélations entre classes d’actifs et l’utilisation de modèles cycliques d’étude des prix de moyen et long terme permettent de situer l’action des prix dans le temps.

    Pourquoi NCM a-t-elle choisi de développer son expertise dans le domaine de la gestion antifragile ?

    Depuis les expérimentations monétaires des banques centrales couplées avec l’évolution actuelle de l’environnement géopolitique et macroéconomique, les stratégies antifragiles permettent à l’investisseur d’optimiser son rendement ajusté du risque sur des actifs décorrélés, liquides, transparents. Ces actifs jouissent par ailleurs de fondamentaux porteurs dans la durée. Ces stratégies délivrent des performances régulières et sont, de plus, particulièrement adaptées lors des phases de stress de marché. Leur efficacité face à l’enchainement de chocs et de crises observé depuis plus de sept ans dans le champ économique, monétaire, sanitaire et géopolitique, ou plus récemment bancaire a d’ailleurs amplement validé le choix stratégique de NCM.

    Quelle est votre analyse sur les mouvements récents de l’or et sa remontée en avril au-dessus des 2’000 l’once ?

    En novembre 2022, l’or a repris sa tendance haussière primaire amorcée début 2016, après un point bas à 1’615 dollars l’once atteint fin septembre 2022. Les cours ont progressé ces 6 derniers mois pour atteindre un plus haut à mi-avril 2023 à 2’048 dollars l’once. La détente des taux d’intérêts longs aux USA, l’affaiblissement du dollar US, la persistance des tensions géopolitiques et plus récemment la crise de liquidité des banques en Europe et aux USA ont contribué à ce fort rebond des cours de l’or sur la période. Les achats d’or importants des banques centrales ont aussi soutenu la tendance haussière. La zone des 2’070 dollars constitue une très importante zone de résistance et nous anticipons une consolidation latérale limitée sous ces niveaux à court terme. Nos modèles d’analyse cyclique de moyen- long terme restent cependant favorables et nous pensons qu’un débordement haussier de la résistance des 2’070 est une probabilité non négligeable en 2023.

     

    Quel a été votre parcours avant de rejoindre NCM ?

    J’ai travaillé pendant 10 ans en Europe et en Asie au sein de l’équipe chargée de la structuration, de la stratégie quantitative et des produits dérivés d’actions chez BNP Paribas Corporate Investment Banking. Puis j’ai rejoint en 2019 l’antenne suisse de la société de courtage américaine BGC Partners, en tant que trader senior sur produits dérivés en charge des services « high touch » particulièrement axé sur la génération d’idée pour les gérants alternatifs. Je totalise 16 ans d’expérience sur les marchés financiers, principalement dans le domaine du trading de produits dérivés et celui de l’analyse des marchés à travers différentes classes d’actifs.

     

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      « Développer un portefeuille de 8 à 10 marques dans le luxe »

      • Interview Philippe Camperio
      • CEO
      • ChimHaeres

      « Développer un portefeuille de 8 à 10 marques dans le luxe »

      Le genevois Philippe Camperio a finalisé la création de ChimHaeres, une joint-venture réunissant sa société, Haeres Capital, à Chimera, fonds d’investissement basé à Abu Dhabi. Ce véhicule utilisera son capital pour l’acquisition et le développement de marques de luxe et d’art de vivre en Europe.

      De combien de fonds disposez-vous aujourd’hui avec ChimHaeres ?

      Aujourd’hui, la totalité des investissements que nous avons réalisés se chiffrent aux alentours des 75 millions de dollars pour quatre participations en portefeuille. C’est notre camp de base. Nos ambitions désormais sont de monter à 350 millions d’actifs d’ici 2027. Je rappelle que ChimHaeres n’est pas un fonds d’investissement mais une holding privée de participations.Cela étant, nous réfléchissons à l’éventuelle création d’un fonds de private equity à côté de ChimHaeres pour nous accompagner sur de plus grosses transactions.

      Dans cette holding, comment se répartissent les rôles entre Chimera Abu Dhabi et Haeres Capital ?

      Nous sommes les deux actionnaires de référence et nous partageons le capital à cinquante-cinquante. Il en va de même pour le conseil d’administration. La gestion des activités opérationelles a été déléguée aux équipes de Haeres Capital et j’officie en tant que Chief Executive Officer.

      Quels actifs figurent aujourd’hui dans le portefeuille de ChimHaeres ?

      ChimHaeres vient de finaliser l’acquisition d’une participation majoritaire dans Zagato, entreprise italienne spécialisée dans la conception et la réalisation de carrosseries. Zagato, fondée en 1919, est l’un des designers les plus connus dans le monde de l’automobile de prestige. ChimHaeres a repris aussi la totalité des actifs de Vionnet, maison française de haute couture fondée en 1912 par la légendaire couturière Madeleine Vionnet, et a finalisé une augmentation de capital pour une participation majoritaire dans Fogal, la marque suisse de collants, fondée en 1921. Finalement, Haeres a contribué à ChimHaeres sa participation majoritaire dans Borsalino, le célèbre fabricant italien de chapeaux que j’avais repris et relancé voilà quelques années.

      La holding est-elle ouverte à de nouveaux partenaires ?

      L’objectif de ChimHaeres est de détenir environ une dizaine de participations. Nous travaillons déjà sur trois nouvelles cibles : il est donc prévu d’ouvrir le capital de la holding à de nouveaux investisseurs pour augmenter notre force de frappe. Si nous mettons en place le fonds, il soutiendra de plus grosses acquisitions, dans lesquelles ChimHaeres agira en tant que « Lead ». Les montants visés dans la holding et le fonds sont de $75M et $ 500M respectivement.

      Quel type de partenaires voudriez-vous attirer ?

      Vu le modèle que nous déployons, je pense que nous allons plutôt nous tourner vers des family offices, single et multi, ainsi que des Ultra High Net Worth Individuals ou des entrepreneurs ayant déjà une certaine voilure. Nous regardons en Suisse,en Europe et au Moyen-Orient.

      Du travail que vous avez mené précédemment avec Borsalino et Fogal, quelles leçons avez-vous retenues ?

      La première leçon, apprise avec Borsalino, est la difficulté à se fixer des horizons de temps quand on veut évoluer dans le luxe. C’est la raison pour laquelle nous sommes d’abord partis sur le principe de la holding et pas du fonds d’investissement qui implique forcément une maturité. Lorsque vous achetez une marque de luxe, il faut vous assurer avant tout du poids de la marque, ce qu’on appelle le brand equity dans le jargon. Lorsque je m’intéresse à une marque dans le secteur du luxe, je la traite exactement comme un bien immobilier. Sa valeur résiduelle doit être très importante. Comme je l’avais fait avec Borsalino, nous cherchons donc des marques qui conservent un énorme potentiel bien qu’elles soient sous-exploitées.

      Quelle stratégie entendez-vous déployer au cours de ces prochaines années ?

      D’ici cinq ans, nous voulons développer un portefeuille qui comprendra entre 8 et 10 marques, avec une philosophie centrée sur la détention d’actifs et la création de valeur. Nous avons vraiment envie de construire un groupe et d’aller chercher des liquidités dans un deuxième temps avec une cotation en bourse d’ici 2028.

      Sur quels secteurs du luxe vous concentrez-vous plus particulièrement?

      La joaillerie, la mode et les arts de la table, pour l’essentiel. Les cibles qui nous intéressent tournent autour des 20 à 30 millions en prise de participations. Dans la plupart des cas, nous regardons des Special Situations. Ce sont des marques qui portent des noms incroyables, mais elles ont l’inconvénient d’être trop petites pour des grands groupes ou pour des fonds de private equity. En revanche, elles se fondent parfaitement dans notre modèle. Pour l’ensemble de nos marques, nous cherchons aussi à mutualiser les fonctions régaliennes.

      Quels sont les grands enjeux aujourd’hui dans le monde du luxe ?

      Tout ce qui est über-luxe est appelé à s’affermir. A l’opposé, je pense que le  lux populis et les marques de mode un peu fast fashion sont aussi promis à un bel essor. Les acteurs qui se retrouvent perdus entre ces deux pôles, sans communauté forte, sans positionnement clair, vont certainement souffrir. Le sustainable devient aussi un enjeu. Le luxe doit s’y résoudre, sous la pression de ses consommateurs et de ses parties prenantes, dont ChimHaeres en fait partie dans son portefeuille.

      Je m’attends par ailleurs à une certaine forme de consolidation dans l’industrie, mais je vois mal les grandes enseignes, les Kering, LVMH et consorts, perdre leur temps sur de petites marques. Du coup, notre modèle de mutualisation en termes de coûts et de compétences s’avère très attrayant pour des maisons installées sur des niches qui peinent à se développer en raison de leurs ressources limitées. Nous avons là une belle carte à jouer.

       

      Philippe Camperio

      ChimHaeres

      Philippe Camperio est le CEO de ChimHaeres, la joint-venture créé avec Chimera. Il dirige  par ailleurs Haeres Capital, une société d’investissement privé qui possède et gère divers actifs dans les domaines du luxe et de l’immobilier. Philippe est également l’associé fondateur de Quest Partners, une boutique investment banking, créée en 2000, qui se concentre sur le private equity et le real estate.  Philippe Camperio est titulaire d’une licence en droit du King’s College de Londres et d’un master en finance de la Cass Business School, à Londres.

       

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      Décryptage

      • Olivier de Berranger
      • La Financière de l’Echiquier

      Il faut savoir entendre ce que nous dit l’or, ce grand bavard

      Ce printemps, l’or flirte allègrement avec la barre des 2’000 dollars l’once. Au-delà de ces valorisations records, il est intéressant d’élargir le cadre et d’analyser ces mouvements de façon à pouvoir anticiper sur les orientations des politiques monétaires.

       

       

      L’or se rapproche de ses sommets historiques : passé au-dessus des 2’040 dollars le 13 avril dernier, il frôle son niveau historique du 6 août 2020, lorsqu’il a atteint 2063 dollars, un niveau approché également en mars 2022. Certes, en prix « réels », ajustés de l’inflation, le record est encore éloigné, car sur trois ans l’inflation cumulée est considérable. Il n’empêche : la tendance récente à l’appréciation est nette, surtout lorsqu’on le compare à son niveau de début 2019, sous les 1300 dollars. Soit plus de 50% de hausse.

      Or le métal jaune est intelligent ; il réagit – par l’intermédiaire des prises de positions tactiques ou spéculatives des financiers – aux conditions monétaires, avec finesse et anticipation. On s’aperçoit souvent, rétrospectivement, qu’il était annonciateur de crises ou de mouvements importants de politique monétaire. En 2008 par exemple, l’or avait nettement progressé juste avant la grande crise financière, alors que les banques centrales montaient leurs taux. En 2011, lors de ses précédents records à plus de 1’800 dollars, soit beaucoup plus en dollars actuels, il avait joué un rôle de couverture efficace contre la dégradation de la note souveraine des Etats-Unis et la crise de la monnaie unique.

      Qu’annonce donc son envolée actuelle ? Tentons de le faire parler.

      « Je vois les taux réels baisser ». L’or réagit favorablement aux taux réels négatifs, c’est-à-dire lorsque l’inflation dépasse le niveau des taux. Certes, le message est imprécis, car il y a plusieurs mesures d’inflation, dans des pays différents, et de nombreuses références sur les taux (courts, longs, actuels, anticipés…). Mais considérés dans leur ensemble, les facteurs en cause sont clairs : le niveau général d’inflation attendu à quelques mois aux Etats-Unis, si l’or a raison, creuserait son écart positif avec la moyenne des taux. Ce qui peut signifier soit que l’inflation resterait élevée, voire remonterait, à niveau de taux égal, soit que les taux d’intérêts rebaisseraient nettement, et surtout plus vite que l’inflation. La dernière hypothèse est aujourd’hui favorisée par le marché. Depuis la faillite de quelques banques en mars aux Etats-Unis, le marché anticipe de fortes baisses de taux directeurs de la part de la Réserve fédérale dès la seconde moitié de 2023. Ce qui implique, en creux, des craintes élevées de récession, confirmées d’ailleurs par le dernier compte rendu de la réunion de la Fed où cette hypothèse fut considérée comme centrale.

      Autre message possible de l’or : « Je vois le dollar baisser ». Exprimé en dollars, le prix de l’or peut avoir tendance à monter afin de conserver sa valeur réelle si le dollar baisse. C’est ce qui se passe actuellement : face à un panier de devises mondiales, le dollar perd du terrain depuis le dernier trimestre 2022. La raison de cette faiblesse tient à l’hypothèse du marché sur le niveau des taux directeurs, qu’il voit baisser plus tôt et plus fortement aux Etats-Unis que dans la plupart des autres régions. Par exemple, le consensus n’entrevoit aucune baisse de taux en zone euro en 2023, contre plusieurs aux Etats-Unis. Idem pour le Royaume-Uni ou le Japon – où le marché incline même en faveur d’une hausse de taux. Quant à la Chine, il est peu probable qu’elle baisse ses taux alors que l’activité décolle.

      Dernier message concevable : « Je vois une crise de la dette américaine ». Que ce soit en raison des fragilités des banques régionales ou de l’immobilier commercial, tous deux sous la pression des hausses des taux, ou, plus grave encore, du blocage politique sur le plafond de la dette américaine, il n’est pas impossible que la note de crédit américaine soit questionnée. On se souvient de la dégradation de la note américaine le 5 août 2011 : coup de tonnerre dans le ciel d’été, elle avait correspondu au sommet de la précédente vague haussière de l’or. Or, on constate justement depuis 2022 une hausse ininterrompue du coût de la couverture contre un défaut des Etats-Unis. Même si un réel défaut paraît inimaginable, car suicidaire économiquement, les tensions autour du vote sur le relèvement du plafond de la dette pourraient encore augmenter dans les prochains mois. En 2011, l’agence S&P avait justifié sa dégradation par la déclaration suivante : « la dégradation de la note reflète notre vue que l’effectivité, la stabilité et la prédictibilité de la politique et des institutions politiques ont été affaiblies ». Des ressemblances avec la situation actuelle ?

       

      Olivier de Berranger

      La Financière de l’Echiquier

      Depuis 1990, Olivier de Berranger a successivement occupé des postes de trader puis de responsable de desk de trading sur les produits de taux d’intérêt cash et dérivés au Crédit Lyonnais puis chez Calyon. Il a été ensuite responsable du pôle Capital Markets chez First Finance, société de conseil et de formation. Il rejoint La Financière de l’Échiquier en mars 2007 comme gérant obligataire. Il est notamment en charge de la poche investie en produits de taux du fonds Echiquier Patrimoine et gère Echiquier Arty ainsi que Echiquier Credit Europe. En 2017, il est nommé directeur de la gestion d’actifs et entre au comité de direction. En avril 2019, il devient également directeur général délégué. Olivier de Berranger est diplômé d’HEC.

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        Journée de la Terre

        • Pascal Dudle & Matthias Fawer
        • Head of Listed Impact and Analyste senior, ESG & Impact
        • Vontobel Asset management

        Transition écologique : le coût trop élevé de l’inaction

        A l’occasion de la Journée Internationale de la Terre, célébrée pour la première fois en 1970, Pascal Dudle et Matthias Fawer reviennent sur l’importance cruciale d’investir en force dans une économie capable de composer avec les grands enjeux environnementaux du moment.

        A l’occasion de la Journée Internationale de la Terre, célébrée pour la première fois en 1970, Pascal Dudle et Matthias Fawer reviennent sur l’importance cruciale d’investir en force dans une économie capable de composer avec les grands enjeux environnementaux du moment.

        Le monde est confronté à une crise environnementale d’une ampleur sans précédent. Le changement climatique, la déforestation, le stress hydrique de plus en plus présent et la pollution entraînent des modifications de la biodiversité ayant un impact à tous les niveaux. Elles vont des sécheresses et inondations jusqu’à la santé humaine, en passant par la production industrielle.

        Indépendamment de la volonté des différents gouvernements de réguler les effets, des investissements importants sont nécessaires dans les décennies à venir pour éviter que les températures ne dépassent pas de plus de 1,5 °C les températures de l’ère préindustrielle. Pour empêcher cette hausse, il est nécessaire d’investir massivement dans la transition vers une économie à faible teneur en carbone et dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Selon le GIEC, pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels, les émissions mondiales de CO2 devraient diminuer d’environ 45 % par rapport aux niveaux de 2010 d’ici à 2030 et atteindre un niveau net nul vers 2050.

        Les investissements nécessaires pour permettre la transition de l’économie réelle sont considérables. Selon les estimations, d’ici la fin de la décennie, il faudra investir 1’000 milliards de dollars supplémentaires par an dans les énergies propres afin de pouvoir atteindre le niveau zéro d’ici à 2050. Cela représente une multiplication par sept des niveaux actuels.

        Ne pas agir pour empêcher une hausse des températures supérieure à 1,5 °C coûterait encore plus cher. Le secteur privé a un rôle important à jouer pour relever les défis environnementaux mondiaux. En prenant des mesures pour réduire son empreinte écologique et en soutenant les initiatives en faveur du développement durable, le secteur privé peut contribuer à un avenir plus durable et plus résilient pour tous. Toutefois, cela nécessite une collaboration entre les gouvernements, le secteur privé et les institutions financières.

        La Commission européenne a répondu à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (IRA) par une loi sur l’industrie nette zéro et une loi européenne sur les matières premières essentielles. Elles visent à développer la production nationale et à diversifier les chaînes d’approvisionnement. Les objectifs sont similaires à ceux de l’IRA : favoriser les entreprises locales et la sécurité de l’approvisionnement. L’objectif est de créer de meilleures conditions pour la fabrication de technologies propres, qui devraient représenter 40 % des besoins d’ici à 2030. Mettant l’accent sur la compétitivité mondiale et l’indépendance énergétique, elles visent également à ramener en Europe les emplois verts, la formation, les talents et la fabrication nécessaire à la transition énergétique. En outre, ils devraient accélérer les procédures d’autorisation – l’obstacle le plus souvent mentionné en Europe.

        En annonçant ces deux lois, la Commission européenne a fait un pas audacieux vers la réalisation d’émissions nettes zéro. Elle entend renforcer la capacité industrielle des technologies propres et garantir une chaîne de valeur durable pour les matières premières. La proposition comprend des objectifs et des mesures audacieux, probablement pour dépasser les États-Unis et la Chine – ce qui ne sera pas une mince affaire.

         

        Pascal Dudle

        Vontobel Asset management

        Pascal Dudle a rejoint Vontobel Asset Management en 2007 et supervise les stratégies d’impact à visée sociale et environnementale. En tant que Head of Listed Impact, il est le gérant attitré des portefeuilles Clean Technology. Avant de rejoindre Vontobel, il a travaillé 10 ans chez Swiss Re. Dans le cadre de ses dernières fonctions, de 2001 à 2007, il investissait en tant que gérant de portefeuilles dans les titres cotés et dans ceux de private equity, ciblant en particulier les domaines environnementaux tels que les énergies alternatives, l’efficacité énergétique et la gestion durable des forêts. Pascal est titulaire d’un master en Gestion d’entreprise de l’Université de Zurich et également d’une certification CEFA.

         

        Matthias Fawer

        Vontobel Asset management

        Matthias Fawer a rejoint Vontobel Asset Management à l’automne 2016, en tant qu’analyste ESG et Impact Avant de rallier Vontobel, il a occupé des fonctions similaires chez Vescore AG et Notenstein Privatbank, racheté par Vontobel en 2016. Entre 2000 et 2013, il a officié en tant qu’analyste durabilité chez Bank J. Safra Sarasin. Depuis 2002, il est l’auteur d’études sur l’énergie solaire et les énergies renouvelables et donne des conférences à l’occasion de différentes conventions. Matthias est titulaire d’un diplôme en Sciences naturelles et d’un PhD de l’Institut de biotechnologie de l’Ecole polytechnique fédérale (ETH) de Zurich.

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